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Responsable militaire FTPF en Dordogne (2) - Gaston Terrioux

Le témoignage

Gaston Terrioux (2) - Témoignage intégral
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Dans la deuxième partie de son témoignage Gaston Terrioux apporte des précisions quant à ses missions en Dordogne puis en Haute-Vienne. Il revient tout d’abord sur son passage à l’école des cadres de Fanlac (canton de Montignac) en octobre 1943. Il explique le fonctionnement général de l’école et indique que l’essentiel de l’instruction des vingt-deux élèves était assuré par d’anciens républicains espagnols, dirigés par Coy. Le programme d’enseignement était fondé sur le maniement des armes, des explosifs et la pratique de la guérilla (fonctionnement des groupes, tactiques d’attaques, de replis et de protection des hommes). Gaston Terrioux précise que les Espagnols, forts de leur expérience, ont livré un enseignement décisif sur la guérilla. La formation durait quatre à cinq semaines, avec quelques manœuvres de nuit et un apprentissage sur des armes légères. Pour le ravitaillement, la logistique était efficace : il souligne que de ce point de vue la Dordogne était plus riche que la Corrèze. À l’issue de la formation, le 11 novembre 1943, les maquisards sont entrés en arme dans Montignac pour déposer une gerbe au monument aux morts. Il parle ensuite des techniques de sabotage enseignées à l’école des cadres, mises en pratique en Dordogne et Haute-Vienne, appliquées au transport de l’énergie et aux voies ferrées. Il apporte des précisions sur les sabotages successifs de la grue des ateliers de la SNCF à Périgueux et sur le sabotage de l’usine de production électrique de Tuilières. Il explique qu’au dépôt SNCF de Périgueux, il y avait un puissant réseau de résistants légaux. Mais il précise qu’il ne connaissait que peu de gens : par sécurité, il évitait de se lier et de retenir des noms. Il se déplaçait beaucoup, et n’avait pas de domicile fixe. Il évoque sa vie quotidienne faite de déplacements successifs et d’impératifs de sécurité. Il explique qu’il avait une vie sociale limitée car il était guidé par les objectifs des FTP et l’organisation de réunions clandestines hebdomadaires à Périgueux. Après les arrestations du printemps 1944 il est muté et rejoint la Haute-Vienne : il a pour mission d’assurer l’organisation et la cohésion des multiples camps de maquis de Haute-Vienne. Il débute son travail dans la région de La Chapelle-Montbrandeix et Dournazac (Haute-Vienne, canton de Saint-Mathieu) afin de grouper les hommes et organiser des formations. Au moment de la libération Gaston Terrioux dirige le sous-secteur B, c'est-à-dire le sud de la Haute-Vienne. Gaston Terrioux a été désigné pour nouer des liens avec Georges Guingouin, résistant communiste qui dirigeait un important maquis. À la libération de Limoges Gaston Terrioux et les hommes de son sous-secteur ont pour mission de garder les routes de Nexon et Périgueux, mais aussi d’entrer en relation avec les Groupes mobiles à Aixe-sur-Vienne, afin que ces derniers s’engagent aux côtés de la Résistance. Après la libération de Limoges il demande à poursuivre les combats mais il est désigné pour suivre une école d’officier à Magnac-Laval (Haute-Vienne) durant l’hiver 1944-1945. Il explique que la formation était difficile. Dans le groupe de tête de sa promotion, il est élevé au grade de sous-lieutenant de l’Armée d’active. Il est choisi comme instructeur dans un premier temps, puis devient officier d’intendance, redevient instructeur à Ondres (Landes) puis Issoudun (Indre) avant de rejoindre Brive. Appelé pour le conflit indochinois, il refuse et démissionne au mois d’octobre 1945. Il retourne à la vie civile et devient conducteur d’engins puis d’autocar jusqu’à sa retraite. Au mois de juin 1944, il est au poste de commandement de la 2401e compagnie FTP dans la région d’Oradour-sur-Glane. Ce n’est que le lendemain matin qu’il apprend le massacre d’Oradour : il prend la décision de conduire un groupe en reconnaissance le soir même. Il garde le souvenir douloureux de l’odeur prégnante qui régnait dans le village. Le lendemain, son groupe revient à Oradour-sur-Glane afin de recueillir du carburant. À cette occasion, Gaston Terrioux relate un évènement qui l’a marqué : les hommes du maquis, alertés par les beuglements, ont détaché des vaches enfermées dans une grange depuis deux jours. Il garde un souvenir ému du comportement amical des animaux envers eux. Il engage ensuite une réflexion sur les rumeurs autour du massacre et du choix du village par la division « Das Reich ».
  • Témoin(s) :
    Terrioux Gaston En savoir plus

    Gaston Terrioux est né en septembre 1922 à Gumond en Corrèze (canton de La Roche-Canillac). Son père, cultivateur et ouvrier du bâtiment, était un ancien combattant de la Première guerre mondiale. Gaston Terrioux a adhéré aux Jeunesses communistes en 1936 et participé à la campagne électorale qui vit l’élection de cinq députés de gauche en Corrèze.
    En 1940 le Parti communiste est dissous et les activités politiques de Gaston Terrioux sont suspendues. Il refuse d’être incorporé aux Chantiers de jeunesse et s’engage dans l’Armée d’armistice, au 405e RADCA (défense aérienne) à Tulle. Cette période de douze mois de service lui est profitable. À la dissolution de l’Armée d’armistice en novembre 1942, il rejoint la ferme familiale. Début 1943 il reprend contact avec le Parti communiste. Gaston Terrioux distribue des tracts et pose des affiches la nuit. En 1943 il décide de passer dans la clandestinité et rejoint le détachement Guy Môquet des Francs-tireurs et partisans (FTPF). Puis il prend la direction d'un groupe FTPF dans la région d’Eyrein (canton de Corrèze). Il se porta volontaire pour suivre une formation dans une école de cadres en Dordogne, à Fanlac (canton de Montignac) au mois d’octobre 1943. Major de sa promotion, il devient responsable militaire FTPF pour le secteur Dordogne nord. Il a alors vingt-et-un an.
    Début 1944 il échappe à une opération d’arrestations menée par l’Occupant à Périgueux mais il est repéré : il rejoint la Haute-Vienne fin mars 1944 où il assure l’organisation et la cohésion des multiples camps de maquis. Il participe à la libération de Limoges, puis il est désigné pour suivre l’école d’officier à Magnac-Laval (Haute-Vienne) durant l’hiver 1944-1945. Au grade de sous-lieutenant de l’Armée d’active, il est choisi comme instructeur. Appelé pour le conflit en Indochine, il démissionne au mois d’octobre 1945, par conviction. Il retourne à la vie civile et devient conducteur d’engins puis d’autocar, jusqu’à sa retraite.

  • Description :

    Entretien réalisé le 6 décembre 2010 à Tulle (Corrèze). Durée : 1 h 56 min 50 s

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    Consulter aussi les dossiers de Ressources documentaires :

    Sabotage de la production électrique

    Sabotage de la grue des ateliers SNCF de Périgueux

  • Sujet(s) :
    Armée française, Clandestinité, Équipement matériel, Francs-tireurs et partisans français (FTPF), Gendarmerie, Guérilla, Maquis, Parti communiste, Population rurale, Ravitaillement, Sabotage, Vie quotidienne
  • Lieu(x) :
    Dournazac (Haute-Vienne), Fanlac, La-Chapelle-Montbrandeix (Haute-Vienne), Mauzac-et-Grand-Castang, Montignac-sur-Vézère, Périgueux, Sorges, Tuilières (commune de Saint-Capraise-de-Lalinde)
  • Evénement(s) :
    Libération (1944-1945)
  • Personne(s) citée(s) :
    Bonnetot André (dit Vincent), Chateaureynaud Léon, Coy-Muñoz Francisco (dit Pistolete), Guingouin Georges, Lahousse Charles, Sanfourche (famille), Thomas Albert (dit Jacky)
  • Cote :
    14 AV 77

Photos

Toutes les pistes audio de ce témoignage

  • Enseignement et organisation de l’école des cadres de Fanlac
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    Gaston Terrioux apporte des précisions sur l’école des cadres. Les objectifs de l’école étaient d’assurer une formation militaire : manipulation des armes et explosifs, et maîtriser la guérilla. L’encadrement était notamment assuré par un Espagnol, le commandant Coy. Gaston Terrioux rappelle l’avantage dont il disposait en raison de sa formation à l’armée. Il précise que les cours se tenaient le jour et parfois il y avait des manœuvres de nuit. Il explique le ravitaillement de l’école assuré par les résistants légaux. La formation dura 4 à 5 semaines. Et à la fin de celle-ci, le 11 novembre 1943, les élèves en arme portèrent une gerbe au monument aux morts de Montignac. En fin de formation, les membres de la région et de l’inter-région décidèrent de le nommer responsable militaire en Dordogne.
  • Formation au maniement d'explosifs et au sabotage
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    Gaston Terrioux précise que lors de la formation il n’y a pas eu d’exercice de tirs réels mais qu’il y a eu une formation poussée sur les explosifs. Il apporte des précisions sur l’utilisation des explosifs, notamment pour le sabotage des lignes électriques et des voies ferrées.
  • Précisions sur le sabotage de la grue des ateliers SNCF
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    Gaston Terrioux parle du rôle majeur de la grue des ateliers SNCF à Périgueux qui était chargée de réparer les voies sabotées. Sous ses ordres, elle fut une cible de sabotage à trois reprises. Il explique que grâce aux résistants légaux les FTP réussirent à faire sauter la grue dans le dépôt SNCF qui était cependant gardé. Il explique que ces derniers désignaient les pièces à saboter afin d’immobiliser longuement la grue.
  • Préparation du sabotage de Tuilières
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    Gaston Terrioux apporte des précisions sur le sabotage de Tuilières. Il précise le nombre de charges d’explosifs utilisées lors de ce sabotage. Il estime par ailleurs que les charges étaient trop importantes lors de ce sabotage. Il précise qu’il avait fait une reconnaissance sur place et avait obtenu des informations techniques fournies par des résistants légaux connaissant l’usine. Il explique que le détachement de Ricco à Sarlande était le plus organisé ce qui a justifié son choix pour l’opération. Il explique la méthode mise en place pour chacune de ses actions : organisation et sécurité.
  • L'enseignement de l’école des cadres et son encadrement
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    Gaston Terrioux parle du programme de la formation de l’école des cadres de Fanlac. Il parle également des lieux successifs où fut installée l’école qui était mobile par sécurité. Il parle de l’encadrement de l’école des cadres : Charles Lahousse, responsable politique ; Francisco Coy-Muñoz le responsable de l’enseignement militaire de l’école et son adjoint ; et un cuisinier. Il parle également du ravitaillement de l’école. Il précise ce qui fut le plus dur pour lui dans la Résistance : la clandestinité et l’absence de relation avec la population. Il parle du rôle déterminant des Espagnols dans la formation, notamment en matière de guérilla.
  • Principes d’organisation d’une attaque
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    Gaston Terrioux explique les principes qu’il mettait en œuvre pour mener une attaque de convoi. Il insiste sur la sécurité et la protection des hommes.
  • Formation au maniement d’explosifs
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    Gaston Terrioux parle de la formation et des différents matériels utilisés. Il explique également comment ils se fournissaient.
  • Les résistants cheminots légaux à Périgueux
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    Gaston Terrioux explique qu’il y avait un groupe très étoffé de résistants légaux aux ateliers SNCF de Périgueux. Il parle également de ses déplacements en Dordogne.
  • La sécurité, les déplacements et les contrôles
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    Gaston Terrioux explique que les déplacements étaient une source de danger car de nombreux résistants furent repérés en raison de leurs mouvements. Il parle également d’un contrôle qui l’a conduit à changer de fausse identité : il s’est rendu à Sorges où il explique comment Léon Chateaureynaud, le secrétaire de mairie, a procédé pour lui établir une fausse carte d’identité.
  • Le quotidien dans la clandestinité en Dordogne
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    Gaston Terrioux explique qu’il n’avait pas de domicile fixe mais plusieurs chambres chez des familles de résistants, et des « boîtes aux lettres » pour communiquer. Il parle aussi de l’argent qui lui était attribué par les FTP.
  • Rencontre avec les gendarmes à Mauzac
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    Après le sabotage de l’usine de Tuilières, le groupe de Gaston Terrioux s’est rendu en reconnaissance à la prison militaire de Mauzac et s’est trouvé face à des gendarmes, mais ils purent se dégager sans échange de coups de feu.
  • Une vie nomade et sans lien social
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    Gaston Terrioux parle de sa vie de responsable militaire avec les réunions hebdomadaires à Périgueux, des déplacements successifs et l’absence de contacts avec les jeunes de sa génération.
  • Responsable militaire en Haute-Vienne
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    Gaston Terrioux reprend le récit de son parcours alors qu’il devait quitter la Dordogne par sécurité. Il se rendit à Limoges pour un rendez-vous où il fut décidé qu’il serait nommé en Haute-Vienne. Sa mission fut alors d’organiser les multiples groupes du maquis du département. Il débuta son travail dans la région de La Chapelle-Montbrandeix et Dournazac (Haute-Vienne, canton de Saint-Mathieu) afin de grouper les hommes et organiser des formations. Il se déplaçait alors beaucoup pour assurer des cours de guérilla. Au mois de juin 1944, il est affecté au poste de commandement de la 2401e compagnie FTP dans la région d’Oradour-sur-Glane. Il dirigea ensuite le sous-secteur B (sud du département).
  • Contact avec Georges Guingouin et libération de Limoges
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    Gaston Terrioux explique qu’il fut chargé d’entrer en relation avec Georges Guingouin. Il s’est entretenu avec lui, notamment sur la question de la libération de Limoges. Pour cette opération Gaston Terrioux avait pour mission de surveiller les routes de Nexon et de Périgueux puis de prendre contact avec les Gardes mobiles à Aixe-sur-Vienne. Il parle d’un accrochage avec l’armée allemande quelques jours auparavant.
  • Formation à l’école d’officier de Magnac-Laval
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    Après la libération de Limoges, Gaston Terrioux demanda à poursuivre les combats mais il fut désigné pour suivre l’école d’officier à Magnac-Laval (Haute-Vienne) durant l’hiver 1944-1945. Il explique que la formation était difficile mais qu’il a de nouveau bénéficié de son expérience. Dans le groupe de tête de sa promotion, il devient sous-lieutenant de l’Armée d’active et homologué capitaine FFI. Il fut choisi comme instructeur dans un premier temps, puis devint officier d’intendance, fut nommé à Issoudun (Indre), puis instructeur à Ondres (Landes) avant de rejoindre Brive. Appelé pour le conflit indochinois, il refusa et démissionna au mois d’octobre 1945. Il retourna à la vie civile et devint conducteur d’engins puis d’autocars jusqu’à sa retraite.
  • Oradour-sur-Glane
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    Au mois de juin 1944, il était au poste de commandement de la 2401e compagnie FTP dans la région d’Oradour-sur-Glane. Ce n’est que le lendemain matin qu’il apprit le massacre d’Oradour : il prit la décision de conduire un groupe en reconnaissance le soir même. Il garde le souvenir douloureux de l’odeur prégnante qui régnait dans le village. Le lendemain, son groupe revint à Oradour-sur-Glane afin de recueillir du carburant. À cette occasion Gaston Terrioux relate un évènement qui l’a touché : les hommes du maquis, alertés par les beuglements détachèrent des vaches enfermées dans une grange depuis deux jours. Il garde un souvenir ému du comportement amical des animaux envers eux. Il engage une réflexion sur les rumeurs autour du massacre et du choix du village par la division « Das Reich ». Il parle de survivants qu’il a rencontrés. Il ajoute que la population n’a pas montré d’animosité envers la Résistance après le massacre.