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Désobéissance et Résistance (1) - Claudette Hauswirth

Le témoignage

Claudette Hauswirth (1) - Témoignage intégral
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Claudette Hauswirth est née le 30 avril 1927 à Vergt, dans une famille de commerçants. Son père et sa mère tenaient un magasin de cycles et articles de chasse, ainsi qu’un café. Son père, armurier de profession, était trop jeune pour être engagé dans la Première guerre mondiale mais elle conserve le souvenir des récits de son grand-père paternel. Elle parle du rôle déterminant des enseignants de l’école communale de Vergt dans sa formation intellectuelle.
Claudette Hauswirth se souvient de l’arrivée du Front populaire et de l’espoir que cela a soulevé, mais elle précise que ses parents n’étaient pas particulièrement engagés politiquement. Elle évoque l’arrivée d’étrangers dans la commune, notamment les républicains espagnols employés à divers travaux forestiers dans la région. Les bruits de guerre parviennent à sa famille qui possédait un poste de radio grâce auquel elle suivait les actualités et les vociférations d’Adolf Hitler.
À la déclaration de guerre, elle se souvient de l’arrivée des réfugiés du Bas-Rhin accueillis dans la commune dans des conditions précaires, pour une population citadine habituée au confort. Puis le rationnement est arrivé en Dordogne, mais elle précise que la population rurale a pu subvenir à ses besoins. En 1940, elle vit chez sa grand-mère dans la région de Périgueux, et se rend à l’école du quartier Saint-Georges. Elle décrit ses premiers actes de Résistance qui consistaient alors à refuser de chanter la chanson du maréchal Pétain. Plus tard, en déplacement vers un terrain de sport avec des jeunes filles de son école, le groupe croise des soldats allemands et elle lui fera entonner « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ». Convoquée par la directrice de l’école, elle est exclue durant une semaine et avec la complicité de sa grand-mère tait l’affaire à ses parents. Elle cite également un autre acte de résistance symbolique : lors de la saisie des métaux pour le compte de l’occupant elle coud sur sa tunique tous les boutons métalliques à sa disposition, afin de les afficher fièrement.
Puis Claudette Hauswirth reprend son témoignage alors qu’elle est exclue de l’école après avoir refusé de chanter « Maréchal nous voilà ». Elle souligne la popularité du maréchal Pétain, alors que pour sa famille la défaite a été un évènement douloureux. Malgré son jeune âge, sa perception du monde a changé dès 1939.
Elle évoque brièvement des personnalités de la Résistance, telles que Simone Galet, Jacqueline Garnier, Antoine Clou, ou encoure les familles Rouprich et Dupuy. Elle rappelle également le rôle déterminant dans sa formation d’un couple d’instituteurs de Vergt, monsieur et madame Gay.
Elle précise qu’elle visitait sa famille à Vergt toutes les deux semaines, et se déplaçait au moyen du train, appelé le « Tacot ».
Claudette Hauswirth évoque sa grande tristesse lors de l’arrivée des troupes d’occupation à Périgueux le 11 novembre 1942. Elle se souvient de certains travaux et aménagements de la ville qui ont suivi. Elle décrit un incident lors d’une représentation de Mireille donnée par sa classe et le cours complémentaire de Saint-Georges au théâtre de Périgueux : un soldat allemand ivre était monté en arme sur la scène.
Avec certains camarades de son âge, elle a des discussions sur l’occupation, distribue des tracts et des billets, ou encore entonne des chansons antiallemandes. Avec l’une de ses amies, Suzy Compain, elle s’interroge sur la Milice, ou encore la création des Chantiers de jeunesse.
À Vergt, le café de ses parents est un lieu de rencontres et d’échanges et y voit certaines idées se construire. Son père, armurier, avait parfois des armes de la Résistance à réparer et en dissimulait dans une cache aménagée avec une trappe. Elle souligne aussi le rôle de la pharmacie Boubau à Vergt, lieu de rencontre de la Résistance locale. Claudette Hauswirth parle de la constitution du groupe Mireille et de son maquis constitué en 1943.
Enfin elle termine l’entretien sur la notion de Résistance, toujours d’actualité selon elle.
  • Témoin(s) :
    Hauswirth Claudette En savoir plus

    Claudette Hauswirth est née en avril 1927 à Vergt dans une famille de commerçants. Son père, armurier, tenait un café à Vergt, lieu de rencontre du village. Au cours complémentaire à Périgueux en 1940, elle constate le rationnement et assiste à l'arrivée des troupes d'occupation en novembre 1942. Avec des jeunes gens de son âge elle manifeste sa désapprobation de l'occupation et distribue des documents clandestins à Périgueux. À Vergt, des groupes clandestins se forment, notamment le maquis Mireille installé à Durestal (Cendrieux), et son père participe à ce mouvement en cachant des armes. Après la Libération, elle épouse Alfred Hauswirth, résistant d'origine alsacienne.

  • Description :

    Entretiens réalisés le 18 septembre et le 14 octobre 2009 à Bassillac. Durée : 1 h 51 min 10 s

  • Sujet(s) :
    Acte d'opposition, Autorité d'occupation, Chanson subversive, Chantier de la jeunesse, Cinéma, Congés payés, Croix-de-Feu (association des), Jeunes, Juif, Maquis, Marché noir, Population rurale, Radio, Rationnement, Réfugié de guerre, Relève, Vie culturelle, Vie quotidienne
  • Lieu(x) :
    Beaumont-du-Périgord, Périgueux, Vergt
  • Evénement(s) :
    Conférence de Munich (1938), Front populaire (1936-1938)
  • Personne(s) citée(s) :
    Bonnet Georges, Brandstetter Henri (dit Schatzy), Cloup Antoine, Compain Suzanne, Diener Antoine (dit Ancel), Fontaine René (chirurgien), Galet Simone (dite Mona), Goldman Marc (dit Polorn, dit Mireille), Hauswirth Alfred, Hébert Pierre, Larrue Pierre, Pigot Marcel, Seret-Mangold Jean-Paul
  • Cote :
    14 AV 59, 63

Photos

Toutes les pistes audio de ce témoignage

  • Présentation
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    Claudette Hauswirth est née en avril 1927 à Vergt dans une famille de commerçants. Son père tenait un café qui était aussi un magasin de cycle et de chasse : le "Rendez-vous des chasseurs", à Vergt.
  • Son père, armurier
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    Elle parle de son père armurier de profession et de formation, qui réalisait lui-même des crosses de fusil. Elle précise qu'elle l'aidait dans ses travaux, et avait appris à sertir des cartouches.
  • Éducation et scolarité
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    Elle parle de sa scolarité à l'école communale de Vergt et rend hommage à ses maîtres, Isabelle et Charles Gay qui ont eu un rôle déterminant dans sa formation intellectuelle. En 1940 elle est admise au cours complémentaire de Saint-Georges à Périgueux. Elle précise qu'elle n'a pas été élevée en fille unique, bien que n'ayant pas de frères et sœurs, car ses parents ont accueilli des enfants de sa famille.
  • Les Républicains espagnols
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    Claudette Hauswirth évoque l'arrivée d'étrangers dans la commune, notamment les Républicains espagnols employés à divers travaux forestiers dans la région. Elle les a côtoyés lors des projections de films et des bals qui se tenaient dans la grande salle du café de ses parents.
  • Les questions politiques au café
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    Dans le café familial, il y avait de nombreuses discussions politiques, mais son père évitait de faire état de ses convictions. Elle évoque la figure du prêtre de Vergt, Marcel Pigot avec qui son père, bien qu'athée, était ami.
  • La Première Guerre mondiale
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    Son père n'a pas été mobilisé en 1914 car il était né en 1902. Mais son grand-père et l'un de ses grands-oncles étaient des anciens combattants de la Première guerre mondiale. Elle se souvient des discussions avec ce dernier, qui apportait son soutien au maréchal Pétain, sans pour autant être un collaborateur.
  • Le Front populaire et les évènements de la fin des années 1930
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    En 1936, avec l'arrivée du Front populaire et des congés payés, elle se souvient des signes du changement comme l'irruption de vélo-tandems. Claudette Hauswirth rappelle que durant ces années, ses parents lui apprenaient à économiser et ne pas gaspiller. Elle conserve le souvenir des Jeux olympiques de Berlin de 1936 et des vociférations d'Hitler entendues à la radio. Sa tante, mariée à un alsacien lui avait parlé de possibilités de guerre avec l'Allemagne. Elle garde le sentiment d'une grande lâcheté générale, et d'une inquiétude latente, ressentie au sujet de la république espagnole lors de vacances dans les Pyrénées. Les accords de Munich ont été très commentés chez elle, car son père était très méfiant envers Georges Bonnet. Elle se souvient des discussions de son père avec un ami adhérent aux Croix de feu du colonel de la Rocque.
  • La déclaration de guerre, les réfugiés et le rationnement
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    Claudette Hauswirth se souvient particulièrement de la déclaration de guerre et particulièrement des réfugiés du Bas-Rhin : la grande salle de bal du café familial a servi de cantine pour les Alsaciens. Vergt comptait alors environ quatre-cent réfugiés, accueillis dans des conditions de confort limitées. Elle se souvient qu'une vingtaine de familles sont restées à Vergt, et que les Juifs n'ont pas été dénoncés. Puis avec le rationnement, la population rurale de la région a pu subvenir à ses besoins alimentaires et pratiqué l'échange. À Périgueux où elle est chez sa grand-mère pour suivre le cours complémentaire la situation est différente, avec des files d'attente à l'entrée des épiceries. Elle décrit les astuces de sa grand-mère pour récupérer des grains de café. Elle évoque aussi le marché noir, et les prisonniers de guerre de Vergt.
  • Vichy et l'occupation
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    Claudette Hauswirth se souvient que l'arrivée au pouvoir du maréchal Pétain a été vécue comme un drame, tout comme l'irruption des troupes d'occupation à Périgueux en novembre 1942. Sa grand-mère résidant près d'un octroi, elle se souvient du poste de garde devant lequel elle passait fréquemment.
  • Premiers actes de résistance
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    Elle parle du culte du maréchal Pétain à l'école, des dessins, des chants et de la montée des couleurs. Elle décrit ses premiers actes de résistance qui consistaient alors à refuser de monter les couleurs et de chanter la chanson du maréchal Pétain. Dans le cadre des cours de gymnastique, elle a fait chanter "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine" à son groupe en passant devant un poste de garde. Convoquée par la directrice de l'école, elle a été exclue de l'école durant une semaine. Elle parle des premiers maquisards de Vergt qu'elle connaissait, comme Pierre Hébert, son ami du groupe franc Roland. Elle souligne également la complicité de sa grand-mère qui a gardé le silence sur son exclusion de l'école. Elle explique que les métaux avaient été saisis par l'occupant, et qu'en signe de protestation, elle avait cousu sur son tailleur tous les boutons métalliques à sa disposition, afin de les afficher fièrement.
  • Exclusion de l'école par désobéissance
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    Claudette Hauswirth, scolarisée au cours complémentaire Saint-Georges à Périgueux, ne se retrouve pas dans le sentiment pétainiste de l'époque. Elle repère que certains de ses professeurs semblent également ne pas y adhérer. Elle refusa de chanter "Maréchal nous voilà" et fut de ce fait exclue de l'école. Sa grand-mère l'aida à cacher cela à ses parents. Elle ajoute que cette période a marqué la fin de l'insouciance de son enfance.
  • La notion de Résistance et l'évocation de grandes figures
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    Elle n'a jamais parlé de cette période et de ses actions à ses propres enfants considérant qu'elle n'a pas mené d'opérations extraordinaires. Elle se souvient de Résistants de Lalinde, Villamblard, Sainte-Alvère, et évoque la Résistante Mona Galet ou encore Jean-Paul Seret-Mangold. Elle parle de garagistes de Beaumont-du-Périgord qui ont donné du matériel à la Résistance.
  • Pénuries et privations
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    Claudette Hauswirth explique que les cartes de rationnement ont perduré jusqu'en 1949, et qu'elle était dans la catégorie J3. Elle précise n'avoir pas souffert des restrictions alimentaires, mais que la vie quotidienne de l'occupation l'a marquée.
  • Le refus de l'occupation
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    Dès sa scolarité à Périgueux, à l'âge de treize ans, elle n'accepte pas la défaite et l'occupation de la France. Elle se souvient du couple d'instituteurs de Vergt, monsieur et madame Gay, qui lui ont fourni des bases scolaires solides. Elle se souvient qu'au cours complémentaire la langue allemande était imposée, ce qu'elle refusa au prix de mauvaises notes. Elle évoque également son professeur d'Allemand, un Alsacien. Elle ne rentrait chez elle, à Vergt, que toutes les deux semaines en empruntant le 'Tacot", c'est à dire le train départemental.
  • Le quartier Saint-Georges et l'occupation de Périgueux
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    Claudette Hauswirth se souvient du quartier Saint-Georges où elle résidait avec sa grand-mère. Elle se souvient des familles de l'immeuble, et des personnes qui se cachaient, notamment des juifs, parmi lesquels les Lehmann. Elle cite aussi des familles juives réfugiées à Vergt : les Beck, Wolff, Bloch, Kahn, Martin, Garzinski, Weill. Claudette Hauswirth se souvient du 11 novembre 1942, lorsque les troupes allemandes ont franchi la ligne de démarcation. Elle se souvient d'un cousin résidant sur la ligne de démarcation, sur la Lidoire, membre du réseau de la Confrérie Notre-Dame (CND) à Lamothe-Montravel. Elle évoque également les mesures de défense passives dans le quartier Saint-Georges, avec les alertes lancées par les sirènes et les tranchées aménagées. Puis elle évoque son futur époux en quelques mots. Claudette Hauswirth se souvient de son désespoir en novembre 1942, lorsque les soldats allemands arrivent à Périgueux.
  • L'occupation au quotidien
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    Elle parle du spectacle organisé au théâtre de Périgueux par son école : les élèves avaient donné une représentation de Mireille, de Gounod. Elle interprétait alors Mireille.Elle évoque un incident : le jour du spectacle elle avait été suivie par un soldat allemand aviné, qui a fait très peur à la salle. Après son interprétation, elle fut félicitée et invitée à la préfecture pour un goûter où elle ne se rendit pas : elle explique avoir refusé toute symbolique de Vichy ainsi que l'occupation allemande. Ainsi elle chanta "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine" en passant devant la caserne occupée par les troupes allemandes. Elle évoque brièvement le service de la Relève, puis du cinéma à Périgueux qu'elle fréquentait beaucoup.
  • Désobéissance et premiers tracts distribués
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    Elle se souvient des sorties du dimanche après-midi sur les boulevards, où des camardes de l'école professionnelle avaient organisé une distribution de tracts. Elle décrit également les chants anti-allemands entonnés par les jeunes, les pétards jetés sur la voie. Elle parle également d'Antoine Clou et de sa famille qui résidait au 43 de la rue Pierre Magne. Elle parle des discussions entre jeunes gens, et en particulier avec une amie, Suzanne Compain. Les Chantiers de la jeunesse furent également l'objet de discussions.
  • Le café de ses parents, lieu de Résistance
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    Claudette Hauswirth parle du café de ses parents à Vergt ainsi que du souvenir de gens du voyage. Son père, armurier, cachait des armes dans son établissement, grâce à une trappe dissimulée. Elle se souvient d'avoir accompagné son père pour récupérer une mitraillette Sten, cachée dans la paille, puis dans une fosse. Elle se souvient aussi d'un fût de carburant qui a servi à alimenter les véhicules du maquis. Le café de ses parents était un lieu de rencontre et de passage : elle se souvient y avoir vu des figures locales de la Résistance. Sa mère a soigné un aviateur, appelé Doucet.
  • La famille Boubau et l'aide de la population à la Résistance
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    Claudette Hauswirth évoque André et Alice Boubau, pharmaciens à Vergt, qui ont aidé la Résistance. Elle se souvient de Schatzy, et d'un accrochage dans la région de Vergt qui avait fait des blessés dans les rangs du maquis. À cette occasion, elle se souvient avoir aidé à soigner des hommes rassemblés à l'école, et que le professeur Fontaine de Clairvivre avait été sollicité.
  • Pierre Larrue, Marc Goldman et le groupe Mireille
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    Claudette Hauswirth parle de Pierre Larrue, l'instituteur de Sainte-Alvère, et du groupe Mireille installé dans la région de Vergt. Elle se souvient de Marc Goldman, dit Mireille, qu'elle rencontra à plusieurs reprises, tout en ignorant son rôle.
  • Les anonymes et l'esprit de la Résistance
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    Elle parle des nombreuses personnes qui ont contribué à l'essor de la Résistance qu'elle désigne comme les soutiers. Claudette Hauswirth précise que son rôle fut minime dans la Résistance, qu'elle présente comme l'un des maillons d'une chaîne d'oppositions et refus. Elle évoque les actions subversives et de résistances dites passives. Puis elle explique que l'esprit de la Résistance n'a pas d'âge ni d'époque. Claudette Hauswirth place la notion de Résistance dans l'époque contemporaine et dans l'actualité. Le Conseil national de la Résistance (CNR) reste selon elle d'actualité et l'expression de l'esprit de la Résistance.