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FTPF en Corrèze et Dordogne (1) - Roger Ranoux

Le témoignage

Roger Ranoux (1) - Témoignage intégral
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Roger Ranoux est né le 26 octobre 1921 à Lavilledieu (aujourd’hui commune de Terrasson-Lavilledieu). Son père était cheminot à Terrasson, et sa mère couturière, mais elle décède alors qu’il n’a que trois ans et demi. Il a deux frères, Paul, l’aîné et Guy.
Le père de Roger Ranoux est ancien combattant de la Première guerre mondiale, de la classe 1911, ce qui signifie qu’il a été mobilisé durant sept années. Il était dans la cavalerie, au 10e Régiment de Cuirassiers et parlait de cette période, notamment durant les repas de famille. Il évoquait également les mutineries de 1917, auxquelles il n’a pas participé. Mais cela lui a forgé un sentiment antimilitariste, pacifiste, mais il ne nourrissait pas de sentiment anti Allemand.
Son père était engagé politiquement : il a adhéré très tôt au Parti communiste français, et fut un militant antifasciste. Il était également adhérant de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU). Les discussions politiques étaient nombreuses chez lui, ce qui a assuré la formation politique de Roger Ranoux et de ses frères. Ils prennent conscience des disparités sociales et des conflits d’intérêts des classes sociales. Les réunions du Parti communiste se tenaient beaucoup dans les cafés de Terrasson, mais de nombreuses discussions avaient lieu chez la famille Ranoux.
Roger Ranoux se souvient des manifestations des ligues en février 1934, car cela préoccupait les militants de la gauche. Il se souvient particulièrement de la visite du colonel de La Rocque à Terrasson vers 1935, chef des Croix de Feu, avec une très importante contre-manifestation des militants de gauche, à laquelle a participé Yvon Delbos. Parmi les sympathisants des Croix de Feu de Terrasson, il y a de futurs informateurs de la police allemande, dont Adolphe Denoix, futur chef départemental de la milice. Le père de Roger Ranoux allait régulièrement porter la contradiction à Adolphe Denoix, une action risquée pour lui sous l’occupation. Mais Roger Ranoux précise qu’il a parfois craint pour la sécurité de son père : il suppose que Denoix hésitait certainement à entreprendre des mesures de répression car il savait que ses trois fils étaient Résistants. En 1936, avec l’arrivée du Front populaire c’est un immense espoir pour les militants de la gauche. Mais Roger Ranoux souligne que quelques temps après, il y a eu des grèves très dures, comme à l’usine Progil (papeterie) en 1938, où la grève a duré huit mois. Il souligne que le Terrassonnais était alors un petit bassin industriel et ouvrier avec notamment Progil au Lardin, la verrerie de Bradville à Saint-Lazare et une autre verrerie à Terrasson. Le Lardin a connu en 1936 une grande manifestation de jeunes à laquelle Roger Ranoux a participé. Il décrit les dures conditions de travail pour les ouvriers, notamment les enfants : l’un de ses cousins a été verrier dès l’âge de neuf ans, travaillant douze heures par jour. Dans ces conditions sociales, la semaine de quarante heures décidée par le Front populaire est un immense progrès qui change la vie des ouvriers. Roger Ranoux souligne que cela a modifié les conditions matérielles de vie, mais aussi cela a contribué à forger une conscience politique pour le monde ouvrier. C’est aussi en 1936 qu’il a adhéré aux Jeunesses communistes, avec ses deux frères.
En 1938, les accords de Munich sont un point de discussion et d’inquiétude parmi les militants du Terrassonnais.
Mais la signature du pacte germano-soviétique en août 1939 place les militants du Parti communiste dans l’embarras, surtout après la défaite de 1940. Roger Ranoux considère alors qu’il ne peut pas s’agir d’une trahison de l’Union soviétique.
La défaite française de 1940 est vécue dans sa famille comme un effondrement, puis le vote des pleins pouvoirs à Pétain comme une trahison. L’interdiction du Parti communiste n’empêche pas l’activité militante, qui se poursuit sans difficulté jusqu’en novembre 1942 : les discussions sont encore libres. Le Parti communiste clandestin poursuit une activité politique, organisée par sécurité en petits groupes de trois personnes. Roger Ranoux signale l’existence de groupes clandestins créés très tôt, notamment dans la région de Montignac pour venir en aide aux internés du camp du Sablou (commune de Fanlac, canton de Montignac). Un groupe de Résistance de Montignac prendra le nom, très symbolique, de Jacquou le Croquant.
Après son apprentissage en mécanique, Roger Ranoux exerce divers petits métiers, l’engagement politique de son père et le sien ne favorisent pas la recherche d’emploi sous l’occupation.
Puis vient le temps de la Résistance. Roger Ranoux travaille en 1943 en qualité de chauffeur de poids lourds pour la minoterie Hamelin. Le Service du travail obligatoire est institué mais salarié d’une entreprise du ravitaillement général, il est exempté. En revanche, ce n’est pas le cas de ses frères : ils se sont promis d’entrer dans la clandestinité s’ils sont requis. L’un d’eux se soustrait au STO, se cache mais doit se rendre car son patron est jeté en prison. La victoire soviétique de Stalingrad en février 1943 encourage l’esprit de résistance, et après concertation avec leur père, Roger Ranoux et son frère Guy prennent la direction de la Corrèze en mars 1943. Ils ont en poche un nom de contact à Grand-Chastang, où ils sont accueillis après quelques rebondissements.
Ils rejoignent un groupe de réfractaire au STO installé dans des tentes. Puis quelques jours après ils rejoignent le camp de Léon Lanneau, où de nombreux jeunes venant de toute la France sont installés en trop grand nombre : le groupe de quatre-vingt personnes doit être scindé. Le groupe FTP Lucien Sampaix est fondé, composé de vingt-quatre jeunes sous les ordres d’un militaire, le sergent-chef Latige qui a pour adjoint Roger Ranoux. Les consignes sont strictes : sans appui de la population les maquis ne peuvent se développer, et les maquisards doivent avoir un comportement irréprochable. Ils s’installent dans la région de Gimel où ils bénéficient de l’appui de légaux et de la population. Leur mission principale est le sabotage des moyens de production et d’infrastructures, ainsi que la répression des agents de l’ennemi. Le 14 juillet 1943, le groupe FTP Lucien Sampaix doit saboter une conduite forcée destinée à la production électrique : l’opération est un échec, des coups de feu sont échangés avec des Gardes mobiles de réserve (GMR). Le groupe change de secteur, mais est attaqué par les GMR alors qu’il est sur le point de déménager : les hommes, alertés par des bruits parviennent à fuir mais cinq de leurs camarades sont pris puis déportés. C’est à partir de cette expérience que la sécurité sera renforcée, notamment en assurant une fréquente mobilité. Roger Ranoux apporte des précisions sur la création des noms de guerre, Hercule pour lui, qui donne lieu à un petit rituel.
À l’automne 1943, des jeunes FTP du groupe Lucien Sampaix sont face à une patrouille de gendarmes, et échangent des coups de feu pour se sortir d’affaire: des gendarmes sont tués, ce qui va avoir de lourdes conséquences. La brigade de gendarmerie de Corrèze demande une rencontre avec la Résistance : Roger Ranoux a rendez-vous à la gare de Corrèze et il est décidé que gendarmes et Résistants s’ignoreraient désormais. Avec l’assentiment du commissaire aux effectifs Conangle, Roger Ranoux obtient l’autorisation en décembre 1943 de rejoindre les maquis de Dordogne avec le groupe Lucien Sampaix. Il sait par des contacts que des groupes s’organisent dans le Terrassonnais. Il se rend en reconnaissance à Terrasson en compagnie de Pierre Michaud, qui est son adjoint depuis l’été 1943. Sur les indications de Jacques Teyssou, le groupe s’installe à Coly au lieu-dit Maison-seule. Jusqu’au 12 février 1944, les actions des FTP sont essentiellement fondées sur des opérations de sabotage. Le responsable FTP de la Dordogne leur confie la destruction des locomotives du dépôt de Périgueux. L’opération, menée avec succès en janvier 1944, était préparée par Thomas, désignée et armée par le SOE. Le contact avec le SOE se fait auprès du major Peulevé (agent de la section F du SOE, dit « Hilaire ») par l’intermédiaire de Bonnetot des FTP. À cette époque, l’état-major FTP ne recommande pas d’établir de contacts avec les Britanniques, mais Bonnetot passera outre, et Peulevé équipera cette opération puis l’école des cadres FTP de Fanlac (canton de Montignac).
L’école des cadres des Francs-tireurs et partisans a été formée en Dordogne pour accueillir les jeunes des cinq départements de la région militaire (Corrèze, Creuse, Dordogne, Haute-Vienne et Indre) d’octobre 1943 à mars 1944. La garde de l’école était assurée par des soviétiques, particulièrement efficace et consciencieux. Premier responsable de l’école, Charles Lahousse, qui avait été détenu au camp du Sablou (canton de Montignac), avait estimé que la population du Montignacois était majoritairement acquise à la Résistance : Fanlac était le lieu idéal pour la sécurité de l’école. La formation était essentiellement assurée par des Espagnols : le directeur de l’enseignement militaire était Coy, ancien commandant de l’Armée républicaine espagnole, entouré de Fernandez Deo Gracias (instruction guérilla) et Ortiz (instruction sabotage). L’instruction politique et civique est assurée quant à elle par Roger Lescure, le second responsable de l’école. Le contingent admis est de vingt-cinq personnes, ce qui nécessite une forte logistique et une organisation spéciale pour l’accueil des stagiaires. En mars 1944, l’école est attaquée par la gendarmerie, sans succès, et elle est déménagée à Carlux. Mais elle ne fonctionne pas : elle est à nouveau attaquée le 25 avril 1944 par les GMR du capitaine Jean.
Au sein de la légion géorgienne de l’Armée allemande, composée de huit cent hommes à Périgueux, un noyau de Résistance avait été fondé. Des contacts sont pris avec l’un d’entre eux, le capitaine Sacha, pour les faire passer à la Résistance. Samson Roche, l’un des adjoints de Roger Ranoux parvient à récupérer un groupe de Géorgiens qui rejoindront le maquis. Leur uniforme de l’Armée allemande pose problème : les hommes du maquis sont surpris et leurs uniformes teintés. Ils sont intégrés au 1er bataillon FTP, créé en mars 1944 et dirigé par Roger Ranoux, sous un double commandement (français et géorgien). Leur apport militaire à la Résistance est déterminant, car c’étaient des combattants hors pairs et aguerris.
En Dordogne, les relations entre les FTP et les Britanniques du SOE sont fondées sur la confiance, et des armes ont pu être attribuées aux FTP grâce à ces relations. Roger Ranoux cite l’action du docteur Pierre Daunois, chef d’un maquis de l’Armée secrète dans la région du Lardin (canton de Terrasson), qui a fait bénéficier le groupe FTP Lucien Sampaix d’armes dont il était par principe l’unique destinataire.

Nota :
Lucien Sampaix était un militant du Parti communiste, journaliste de l’Humanité clandestine fusillé le 15 décembre 1941.
Croix de Feu : ligue d’anciens combattants nationalistes dirigée par le colonel François de La Rocque.
  • Témoin(s) :
    Ranoux Roger En savoir plus

    Roger Ranoux est né en 1921 à Lavilledieu (Terrasson-Lavilledieu) dans une famille d'ouvriers. Son père, cheminot, était militant au Parti communiste et à la CGTU. Témoin de la visite du colonel de La Rocque à Terrasson vers 1935 et des manifestations de 1936, Roger Ranoux et ses deux frères adhèrent aux Jeunesses communistes en 1936. Après la défaite française de 1940 et l'interdiction du parti communiste, leurs activités militantes se poursuivent néanmoins. En mars 1943, il entre dans la clandestinité avec son frère Guy, et rejoignent un groupe de réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) en Corrèze. Il est adjoint au chef du groupe Lucien Sampaix des Francs-tireurs et partisans (FTPF) qui mène plusieurs opérations en Corrèze. En décembre 1943, il regagne la Dordogne avec le groupe Sampaix, et après plusieurs opérations Roger Ranoux rejoint l'état-major des Forces française de l'intérieur de Dordogne.

  • Description :

    Entretien réalisé le 19 octobre 2009 à Montrem. Durée : 2 h 10 min 07 s

  • Sujet(s) :
    1er bataillon (FTPF), Ancien combattant (Première Guerre mondiale), Armée secrète (AS), Clandestinité, Confédération générale du travail (CGT), Croix-de-Feu (association des), Équipement matériel, Gendarmerie, Groupe mobile de réserve (GMR), Guérilla, Jacquou le Croquant, groupe (FTPF), Maquis, Militant politique, Mouvement des jeunes communistes de France, Parachutage, Parti communiste, Population rurale, Propagande, Ravitaillement, Sabotage, Sampaix Lucien, groupe (FTPF), Service du travail obligatoire (STO), SOE (Special operations executive)
  • Lieu(x) :
    Bar (Corrèze), Coly, Fanlac, Gimel-les-Cascades (Corrèze), Gros-Chastang (Corrèze), Montignac-sur-Vézère, Sablou, camp du (commune de Fanlac), Saint-Lazare (commune du Lardin-Saint-Lazare), Terrasson-Lavilledieu, Thenon, Tulle (Corrèze)
  • Evénement(s) :
    Conférence de Munich (1938), Front populaire (1936-1938), Pacte germano-soviétique (1939)
  • Personne(s) citée(s) :
    Besse Jean (dit Bébé), Bonnetot André (dit Vincent), Célérier Marcel, Chabot Justin (dit Karl), Connangle Eugène (dit Martial), Coy-Muñoz Francisco (dit Pistolete), Daunois Pierre (dit Toubib, dit Pierrot), Denoix Adolphe, Lahousse Charles, Lescure Roger (dit Murat), Loubradou Paul, Michaud Pierre (dit Normand, dit Émile), Peulevé Harry (dit Hilaire), Poirier Jacques (dit Jack, dit Nestor), Ranoux Alexandre, Ranoux Guy (dit Mickey), Ranoux Paul (dit Apollon), Roche Samson (dit Coco), Rouby Jean (dit l'Hermite), Sacha (pseudonyme), Teyssou Jacques, Thomas Albert (dit Jacky)
  • Cote :
    14 AV 68

Photos

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  • Présentation
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    Roger Ranoux est né le 26 octobre 1921 à Lavilledieu. Son père était cheminot à Terrasson, et sa mère était couturière. Celle-ci est décédée alors qu'il avait trois ans. Il a également un frère, Paul (et un second, Guy, dont il parle plus loin).
  • Souvenirs de son père, ancien combattant de 1914-1918
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    Roger Ranoux parle de son père, Alexandre, ancien combattant de la Première Guerre mondiale : du fait de sa classe (1911), il fut mobilisé sept années, de son service militaire jusqu'à la fin des hostilités. Il se souvient des discussions de son père et des débats en famille au sujet de la guerre. Il précise que son père manifestait un sentiment antimilitariste. Il évoque également son grand-père, surnommé "le grand tisserand". Son père était très critique sur la Première Guerre mondiale, en particulier sur les répressions de mutineries. Il suivait avec attention l'actualité internationale, en particulier la montée du nazisme et du fascisme, mais ne montrait aucun sentiment anti-allemand.
  • L'engagement politique familal
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    Roger Ranoux précise que son père était militant au Parti communiste et à la Confédération générale du travail (CGT). Lors des grandes grèves de cheminots des années 1920, il n'était cependant pas encore cheminot. Chez lui il y avait des discussions politiques entre militants, qu'il écoutait avec attention, se forgeant une conscience politique. Lui et son frère ont alors très conscience très tôt qu'il existait des inégalités sociales.
  • Souvenirs des événements politiques des années 1930
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    Roger Ranoux se souvient des manifestations des ligues de février 1934, qui l'ont préoccupé. Il se rappelle également de la visite à Terrasson du colonel François de La Rocque, le chef des Croix-de-Feu, en 1935. Alors apprenti mécanicien, Roger Ranoux parle de la manifestation et de la contre manifestation. Labarthe, fabricant de chaussures, était le responsable local des Croix-de-Feu. L'un de ses voyageurs de commerce était par ailleurs Adolphe Denoix. Roger Ranoux se souvient que les contre manifestants ont sollicité Yvon Delbos en réunion à Montignac.
  • Adolphe Denoix
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    Roger Ranoux explique que son père a souvent porté la contradiction à Adolphe Denoix, ce qui a inquiété Roger Ranoux sous l'Occupation, en raison des fonctions de ce dernier, secrétaire de la Milice. Il se souvient de réunions à Saint-Lazare et au Lardin.
  • 1936 : le Front populaire
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    Roger Ranoux se souvient de la victoire du Front populaire et des espoirs qu'il a soulevé. Il rappelle qu'en 1936, la région de Terrasson était industrialisée, et beaucoup d'ouvriers ont manifesté leur joie après l'élection du Front populaire. Le passage de la semaine de soixante heures à la semaine de quarante heurs a constitué pour lui un grand progrès social. Mais des grèves ont suivi cette élection, notamment celle de l'usine Progil au Lardin, qui dura huit mois en 1938. Il parle également des deux députés communistes élus en 1936 : Gustave Saussot et Paul Loubradou. Le bassin industriel du Terrassonnais est évoqué, avec l'usine Progil, les verreries de Terrasson et Le Lardin. Il évoque à ce sujet le travail de Cyprien Brard, inhumé à Saint-Lazare.
  • La verrerie du Lardin
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    Roger Ranoux parle de la verrerie de Brardville et de ses ouvriers, notamment les enfants : il se souvient d'un cousin qui tenait le moule à l'âge de neuf ans et demi, sur des journées de travail de plus de dix heures. Il parle du travail des verriers.
  • Les effets de 1936 : acquis sociaux et conscience politique
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    Roger Ranoux souligne que de 1936 à 1938, les ouvriers ont bénéficié aux ouvriers de la région. Mais il ajoute que ces acquis ont été en régression après 1938 : pour exemple il explique que suite à la grève de Progil, de nombreux ouvriers ont été licenciés et les syndicats décapités. Mais le Front populaire n'a pas produit que des avancées sociales, il a donné une conscience politique au monde ouvrier. Roger Ranoux précise enfin qu'il a adhéré aux Jeunesses communistes en 1936, ce qui a contribué à son éducation politique.
  • 1938 : les accords de Munich
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    Roger Ranoux se souvient des accords de Munich en 1938, qui ont été très commentés chez lui. Il a le sentiment que la 3e République a renoncé face à Hitler, et que la guerre est probable.
  • Le pacte germano-soviétique
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    Roger Ranoux a été marqué par un moment difficile : le pacte germano-soviétique. Il rappelle que le communisme était alors considéré comme une utopie généreuse, et que cet accord a donné lieu chez les militants à des réflexions sur la stratégie de l'Union soviétique, les plongeant dans le désarroi. Il cite à ce sujet les propos d'Yves Guéna.
  • Juin 1940 : la défaite et ses conséquences pour les communistes
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    Roger Ranoux se souvient de la défaite, en particulier l'armistice, qu'il ressent comme une trahison, de même que les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le Parti communiste est interdit, mais une activité clandestine se poursuit surtout par les discussions, sans entrave jusqu'en 1942. Le journal l'Humanité connait une diffusion clandestine, et en 1941 se crée le Front national.
  • Parti communiste clandestin et Résistance à Montignac
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    Le Parti communiste se reconstitue clandestinement et s'organise, par sécurité, autour de noyaux de trois militants. Un groupe se constitue à Montignac autour de Louis Ravidat et le docteur Raymond notamment. Parmi les premiers objectifs poursuivis de ce noyau, il s'agit d'apporter une aide matérielle aux internés du camp du Sablou. Puis il y eut une imprimerie clandestine, et un groupe de résistants nait de cela, l'un des premiers en Dordogne : le maquis Jacquou le Croquant.
  • Entrée dans la Résistance
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    Roger Ranoux est apprenti mécanicien au début de la guerre, puis il exerce plusieurs métiers. Il travaille pour la minoterie Hamelin, où il est chauffeur de poids-lourd lorsque le Service du travail obligatoire (STO) est mis en place. Mais cette activité le dispense, car elle est enregistrée dans le cadre du ravitaillement général. Toutefois, Paul, l'un de ses frère (il a deux frères) est requis par le STO en qualité de mécanicien. Il se cache alors chez des parents. Son patron, Desvalois, renvoie les agents de Vichy : il est arrêté sous la condition que son ouvrier se rende aux autorités. Ce dernier s’exécute et part pour l'Autriche, mais en janvier 1944 lors d'une permission, il reste en Dordogne et rejoint la Résistance. Guy, le second frère, risque quant à lui d'être requis, et promesse avait été faite que Roger Ranoux et lui entreraient ensemble dans la clandestinité, si l'un d'eux était appelé. Le dénommé Buisson, scieur à Terrasson, le met en contact avec des parents résidant à Gros-Chastang (Corrèze), qui eux-mêmes étaient en contact avec la Résistance. En mars 1943, son frère Guy reçoit sa convocation pour le STO : Roger Ranoux et son frère partent pour la Corrèze et font étape à Tulle, chez un parent qui travaille à la manufacture d'armes et se renseignent également auprès de lui. Ce dernier leur donne des consignes qui les conduisent dans la région de Gros-Chastang, ce qui leur fait deux filières. Ils attendent une nuit, sans que personne ne vienne, et se rendent finalement chez leur contact. En se rendant dans ce maquis, ils sont arrêtés par deux gendarmes qui les laissent finalement passer.
  • Du maquis Léon Lanaud au maquis Lucien Sampaix
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    Roger et Guy Ranoux rejoignent un camp de réfractaires au Service su travail obligatoire. Il décrit le camp, composé de vingt à trente personnes, vivant sous des tentes. Ils restent quelques jours, et la totalité des réfractaires rejoignent le maquis Léon Lanaud, l'un des premiers maquis de Corrèze. Ils sont longuement interrogés, puis intègrent le camp, où les jeunes sont de plus en plus nombreux. Roger Ranoux souligne qu'une forte propagande de Vichy dénonçait ces groupes de maquisards, et les consignes étaient alors d'avoir une conduite irréprochable avec la population. Par sécurité ce maquis est divisé en plusieurs fractions, dont le groupe Lucien Sampaix : il est alors constitué de 24 hommes dirigés par un militaire de carrière, Latige, dont Roger Ranoux devient l'adjoint. Il parle des origines diverses des garçons qui constituent ce groupe, qui s'installe dans la région de Gimel-les-Cascades. Roger Ranoux parle de l'organisation générale sur place et indique que sans homme de la région, la logistique est difficile : une restauratrice de Gimel leur procure du ravitaillement, et un garçon de la région qui les rejoint apporte alors une aide précieuse.
  • Sabotages, déplacements et accrochage avec les GMR
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    Le groupe Sampaix mène de nombreux sabotages, et le 14 juillet 1943 la conduite forcée de la centrale hydroélectrique de Bar est visée par le groupe. Mais les maquisards se heurtent aux Groupes mobiles de réserve (GMR), et des coups de feu sont échangés. D'autres actions de sabotages sont menés, à Tulle notamment, et contre des agents de l'Allemagne. Le maquis Sampaix quitte Gimel à l'été 1943 pour Puymabas (un lieu-dit), et s'apprête à se déplacer à nouveau lorsqu'il attaqué par les GMR. L'alerte est donné par la garde et l'encerclement est contourné par une fuite rapide : sous le feu, 5 maquisards sont pris et seront déportés. Un enseignement est tiré de cette attaque : un maquis doit être ne déplacement fréquent, et ne doit pas s'installer. Roger Ranoux parle de la logistique et de l'apport des toiles de parachutes, qui permettent de s'abriter puis de se déplacer facilement.
  • Confrontation avec les gendarmes
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    À l'automne 1943, Roger Ranoux envisage de regagner la Résistance en Dordogne, avec laquelle il est en contact régulier par l’intermédiaire d'un cousin. Ce souhait est accéléré par les événements : deux hommes du groupe sont en mission de ravitaillement et sont arrêtés par des gendarmes de Tulle. Des coups de feu sont échangés, et trois gendarmes sont tués. Les conséquences de cet accrochage sont très dures pour le groupe Sampaix et pour la Résistance FTPF en particulier explique Roger Ranoux. Les gendarmes de la commune de Corrèze, où est installé le maquis Sampaix, sollicitent un entretien avec ses responsables. Roger Ranoux les rencontre à la gare de Corrèze. Un accord est trouvé : aucune action ne serait menée à l'encontre de l'une ou l'autre partie. Maquisards et gendarmes s'ignorent désormais. Puis Roger Ranoux explique comment les noms de guerre étaient attribués, avec un baptême. Lui et son frère devinrent respectivement Hercule et Mickey. Eugène Connangle, commissaire aux effectifs puis responsable interrégional, donna l'autorisation aux frères Ranoux de rejoindre la Dordogne.
  • Le groupe Lucien Sampaix s'installe en Terrassonnais
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    Roger Ranoux et son frère rejoignent Terrasson au mois de décembre 1943. Ils entrent en contact avec un électricien, Marcel Célérier. Les 13 hommes du groupe Sampaix qui avaient choisi de rejoindre la Dordogne, furent invité par les Résistants légaux de Terrasson, dont faisait partie Célérier, ainsi que Jean Rouby. Roger Ranoux avait au préalable fait une reconnaissance en Dordogne avec Pierre Michaud, son adjoint depuis l'été 1943. Il précise que c'est son frère, Mickey, qui ramena le groupe à pied en Dordogne. Le maquis Sampaix s'installe avec un petit groupe de réfarcatiares au STO déjà installé sur les hauteurs de Terrasson, où se trouve l'un des frères Teyssou de Coly. Ces réfractaires renforceront le groupe Sampaix, qui se déplace : Jacques Teyssou indique une maison inhabitée au lieu-dit Maison-seule à Coly. C'est là que le maquis s'installe, et Roger Ranoux souligne le dévouement des gens de Coly. Il se souvient avec émotion avoir cherché des truffes en janvier 1944 avec Jacques Teyssou pour faire une omelette aux hommes du maquis Sampaix.
  • Première mission en Dordogne : sabotages des locomotives (janvier 1944)
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    Au mois de janvier 1944 le responsable FTPF de Dordogne, Albert Thomas, ancien responsable des légaux de Tulle demande à Roger Ranoux de s'associer au sabotage du dépôt de locomotives de Périgueux, opération échouée une première fois. Roger Ranoux connaissait Thomas, et revient sur une mission difficile à Tulle, qu'il avait menée sous ses ordres. Le groupe Sampaix et des hommes de Saint-Pierre-de-Chignac sabote les locomotives dans le courant du mois de janvier. Roger Ranoux décrit l'opération : des légaux, dont Chabot, permet au groupe d'entrer dans le dépôt et les hommes posent les charges, minutieusement préparées sur une vingtaine de machines. Les explosions sont programmées de manière échelonnées afin d'empêcher toute intervention. La fuite était préparée : les véhicules attendaient de l'autre côté des voies, pour se diriger vers Coulounieix-Chamiers. Quelques machines n'ont cependant pas sauté. Puis il parle de quelques autres sabotages jusqu'au 12 février 1944, où la stratégie des FTPF va changer.
  • SOE et FTPF dans l'organisation des sabotages
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    Pour les sabotages, les ordres sont donnés par la direction départementales des FTPF et le SOE (Special operations executive). Les contacts avec le SOE s'établissaient par l’intermédiaire de Bonnetot, qui était en relation avec le major Peulevé installé dans la région de Tulle. Il parle des ordres des FTPF qui ne souhaitaient pas de contacts avec les Anglais, ordres que Bonnetot a contourné afin d'obtenir un parachutage pour l'école des cadres de Fanlac.
  • L'école des cadres FTPF à Fanlac
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    Roger Ranoux parle de l'école des cadres, installée dans une maison isolée de Fanlac, appartenant aux époux Aubarbier. Charles Lahousse, ancien interné du camp du Sablou, a préparé son installation. La garde de l'école était assurée par des officiers soviétiques : ces derniers s'étaient évadés d'un train pour le camp du Struthof. En contact avec les réseaux Buckmaster, ils furent envoyés dans la région de Brive, puis ils furent orientés à Montignac. Alors qu'il se trouvait à Montignac, Roger Ranoux se souvient que ce sont les soviétiques qui ont lancé l'alerte lors du passage de la division Brehmer en mars 1944. Il parle ensuite du fonctionnement de l'école : Charles Lahousse en a été le premier responsable, puis ce fut Lescure. Le responsable de l'enseignement militaire était Coy, un ancien de l'armée républicaine espagnole, secondé par Deogracias pour l'enseignement de la guérilla. Le programme reposait sur une instruction politique menée par Lescure, puis sur l'enseignement militaire mené par les Espagnols. Chaque cession comportait un contingent de 25 hommes venant des cinq départements de l’inter-région (Indre, Creuse, Haute-Vienne, Corrèze et Dordogne). Cette école a fonctionné de début 1944 jusqu'au mois de mars 1944. Roger Ranoux évoque une attaque des gendarmes qui a échoué : l'école a déménagé alors pour le canton de Carlux. Le 25 avril 1944, l'école est prête a accueillir un contingent mais elle est attaquée par les GMR.
  • Le rôle de la population et des Espagnols
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    Roger Ranoux souligne le rôle de la population rurale et se souvient de Jean Besse, qui après la guerre a recherché les familles montignacoises qui ont aidé la Résistance. Puis il évoque le rôle des Espagnols, qui ont fourni un appui déterminant fondé sur leur expérience de la guerre d'Espagne.
  • L'évasion des Géorgiens
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    Roger Ranoux parle de l'évasion des Géorgiens enrôlés par l'Armée allemande. Des premiers éléments géorgiens avaient rejoint un groupe de l'Armée secrète près de Périgueux, avant l'organisation d'une vaste évasion. Sacha, l'un des officiers soviétiques cités plus haut, apprend que des soldats Géorgiens sont à Périgueux et qu'il existe parmi eux une organisation de Résistance. Une opération est mise en œuvre : Roger Ranoux et son groupe se rendent à Périgueux, mais un barrage les attend à la gare de Thenon. Un combat est engagé et le groupe parvient à se dégager, mais l'opération d'évasion est retardée. Par l'entremise de Sacha et de Samson Roche, les Géorgiens sont finalement récupérés par la Résistance alors qu'ils étaient de sortie dans Périgueux. Roger Ranoux apporte des précisions quant à leur statut dans l'Armée allemande. Lorsque le 1er bataillon FTPF est créé en mars 1944, Roger Ranoux en prend la direction, et des Géorgiens le rejoignent. Il souligne le rôle précieux de ces soldats très aguerris.
  • Les armes, le SOE et les FTPF
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    Si parfois les Britanniques étaient peu enclin à distribuer des armes au FTPF, ce ne fut pas le cas localement : Roger Ranoux souligne la confiance entre le SOE et les FTPF, grâce à Bonnetot. Il évoque également Jacques Poirier, qui représentait le SOE en Dordogne, avec qui il entretenait de très bonnes relations. Il parle aussi du docteur Pierre Daunois de l'AS du Lardin qui lui a fourni des armes.