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Résistance à Sainte-Alvère - Fernand Demay

Le témoignage

Fernand Demay - Témoignage intégral
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Fernand Demay est né le 24 juin 1924 à Sainte-Foy-de-Longas de parents agriculteurs, propriétaires de leur ferme. Il est l’aîné de trois enfants.
Il a quelques souvenirs des évènements politiques de 1934 à 1936, et précise l’attachement de sa famille aux valeurs du Front populaire. Écolier lors de la déclaration de la guerre en 1939, il remplace son père à la ferme, mobilisé et affecté à la poudrerie de Bergerac durant six mois environ. Dans la région de Sainte-Foy-de-Longas la Résistance s’organise en 1942 autour de Marchandou, ami de son père. La première réunion se tient dans une maison isolée du lieu-dit Camberoux et compte six personnes (deux hommes par communes). Début 1943 il est agent de liaison du groupe de Marchandou (Armée secrète) et apporte les informations aux chefs de Résistance de Paunat, Sainte-Foy-de-Longas, Saint-Laurent-des-Bâtons, Saint-Félix-de-Villadeix, Liorac, Sainte-Alvère, Pressignac-Vicq et Lalinde. Il retient parfois de mémoire les messages et les ordres, mais les cache essentiellement dans le guidon de son vélo avec lequel il se déplaçait. Après le 6 juin 1944 une moto lui est affectée. Agriculteur, il bénéficie d’un sursit pour les Chantiers de jeunesse, et échappe au Service du travail obligatoire (STO) car requis pour 1944. Fernand Demay précise également que les bals clandestins ont joué un rôle certain dans l’essor de la Résistance : la jeunesse s’y retrouvait et les informations et contacts circulaient.
Il évoque l’action du maire et du secrétaire de mairie de Saint-Marcel-du-Périgord qui ont produit quantité de fausses cartes d’identité. Il précise par ailleurs que le rôle des adhérents et sympathisants du Parti communiste, de la population en général et des gendarmes a été déterminant dans la région de Sainte-Alvère : les réfractaires au STO et autres clandestins arrivaient à Lalinde par le train, se retrouvaient au restaurant Gauville, puis étaient ensuite dirigés dans les maquis avec la complicité des gendarmes.
Il explique le déroulement des six parachutages auxquels il a assisté : la radio annonçait le message vers midi le plus souvent, puis Fernand Demay informait six à sept personnes. Le terrain, toujours le même, était sur une hauteur de Sainte-Foy-de-Longas à la Bénéchie. C’est par pleine lune que quatre hommes balisaient le terrain avec des lampes, et après un premier passage l’avion larguait les containers. Les toiles de parachute de couleur bleue indiquaient un container alimentaire, les toiles vert kaki de l’armement, et les toiles blanches auraient indiqué la présence de containers d’argent. Puis, les containers au nombre de six à sept sont transportés dans une caverne à proximité du château de Perrel (Saint-Marcel-du-Périgord) par Auguste Chort (orthographe incertaine) à l’aide d’une charrette et de son cheval de trait. Deux personnes disposées à 150 mètres en avance du convoi assuraient le contrôle et la sécurité des accès. Les toiles de parachutes – un textile fin – étaient réutilisées dans cette période de pénurie pour en faire des vêtements ou sous-vêtements.
Fernand Demay précise le rôle déterminant des gendarmes de la région, informés de ses activités ainsi que de celles de la Résistance. Après le 6 juin 1944, les brigades de gendarmerie de Lalinde et Sainte-Alvère ont rejoint la Résistance. Le gendarme Pierre Gardelle forme alors un maquis qui regroupait 26 hommes à la Brandière, commune de Pezuls. Fernand Demay quitte le groupe AS Cerisier pour rejoindre ce maquis. Le 21 juin, il fait la garde du pont de Trémolat et reçoit l’ordre d’aller en renfort à Mouleydier. Un car est réquisitionné, mais à Pressignac-Vicq un blindé allemand les rencontre : cinq jeunes sont tués. Présents dans le secteur, quatre gendarmes de Lalinde, (groupe Cerisier) assurent des tirs entravant l’engin dans sa manœuvre. Selon Fernand Demay, l’action de ces gendarmes a été déterminante et a permis à certains d’échapper au piège et de minimiser les pertes.
Il se souvient de l’arrestation par la Gestapo en août 1943 de madame Gauville, à Lalinde. Puis il évoque Pierre Larrue, l’instituteur qui a contribué à l’organisation de la Résistance. Chasseur de sanglier, c’est lui qui a indiqué le site de Durestal pour l’installation d’un maquis. C’est également Pierre Larrue qui contacte Fernand Demay pour l’abattage clandestin d’animaux, destiné à ravitailler les maquis.
Il évoque également le rôle de Goldman dans la Résistance, puis de Cerisier qui a pris la tête d’un groupe à la faveur de la réorganisation des maquis après le 6 juin 1944.
Fernand Demay a participé à la libération de Bergerac, de Bordeaux puis aux combats du front de l’Atlantique à Talmont sur Gironde (Charente-Maritime) où il est affecté à l’intendance.
Démobilisé en février 1945, il reprend l’exploitation de la ferme familiale, se tourne vers la culture de vergers et devient agent puis expert en assurance jusqu’à sa retraite.

Nota :
Combats de Mouleydier : après un premier accrochage le 11 juin 1944, un combat sévère oppose les Forces françaises de l’intérieur (FFI) à une formation allemande le 21 juin. Le village sera incendié et on dénombrera une quarantaine de morts parmi les combattants et la population.
  • Témoin(s) :
    Demay Fernand En savoir plus

    Fernand Demay est né en 1924 à Sainte-Foy-de-Longas dans une famille d'agriculteurs. Écolier lors de la déclaration de guerre, il remplace son père aux travaux de la ferme lorsque ce dernier est mobilisé. Il voit la Résistance se former et s'organiser dès 1942. Il devient agent de liaison du groupe Marchandou de l'Armée secrète (AS) en 1943. Il participe à l'organisation de parachutages puis passe au maquis AS Cerisier et est pris dans un combat à Pressignac-Vicq en juin 1944. Après la libération du département il est dirigé sur le front de l'Atlantique avant d'être démobilisé en février 1945.

  • Description :

    Entretien réalisé le 20 mai 2009 à Sainte-Alvère. Durée : 1 h 17 min 25 s

  • Sujet(s) :
    Agent de liaison, Arrestation, Avion, Cerisier, groupe (Armée secrète), Gendarmerie, Maquis, Marchandou, groupe (Armée secrète), Mobilisation, Parachutage, Population rurale, Radio
  • Lieu(x) :
    Atlantique, poches de l' (1944-1945), Durestal (commune de Cendrieux), Lalinde, Pressignac-Vicq, Sainte-Alvère, Sainte-Foy-de-Longas, Talmont-sur-Gironde (Charente-Maritime)
  • Evénement(s) :
    Front populaire (1936-1938)
  • Personne(s) citée(s) :
    Biratel Pierre, Casinelli (inconnu), Cerisier Léon (dit Léontine), Dutard Lucien, Gardel Pierre, Gauville (famille), Goldman Marc (dit Polorn, dit Mireille), Larrue Pierre, Marchandou Jean-Alfred, Marcou Gabriel (dit Lucien, dit Regain), Péron Yves (dit Caillou)
  • Cote :
    14 AV 34-35

Photos

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  • Présentation
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    Fernand Demay est originaire de Sainte-Foy-de-Longas. Il est un ancien résistant du groupe Marchandou.
  • Origines familiales et souvenirs de 1939
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    Âgé de treize ans lors de la déclaration de guerre, Fernand Demay est l'aîné de trois enfants. Il a pris la succession de son père, agriculteur. Il précise sa profession après la guerre. Sa famille n'avait pas d'engagement politique particulier, et il évoque brièvement ses souvenirs de Lucien Dutard et Yves Pérron.
  • Souvenirs des années 1930 et du Front-populaire
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    Il évoque quelques souvenirs des évènements politiques de 1934 à 1936, et précise l'attachement de sa famille aux valeurs du Front populaire. Il parle d'un prêtre de Sainte-Foy-de-Longas, qui, début 1943, aurait été en opposition à la Résistance.
  • Mobilisation de son père en 1939
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    En 1939 son père est âgé de trente-neuf ans, et n'a pas été mobilisé pour le front. Il a cependant été requis pour les besoins de la poudrerie de Bergerac.
  • Entrée en Résistance
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    Dans la région de Sainte-Foy-de-Longas, la Résistance s'organise en 1942 autour de Marchandou, ami de son père. Il parle d'une première réunion qui s'est tenue fin 1942 dans une maison isolée du lieu-dit Camberoux, commune de Sainte-Foy-de-Longas. Il cite les noms des personnes présentes. Il évoque le souvenir des arrestations du 17 décembre 1943 dans la région. Début 1943, il est agent de liaison du groupe de Marchandou (Armée secrète) et apporte les informations aux chefs de résistance de Paunat, Sainte-Foy-de-Longas, Saint-Laurent des Bâtons, Saint-Félix de Villadeix, Liorac, Sainte-Alvère, Pressignac-Vicq et Lalinde.
  • Les jeunes, les agriculteurs et les bals clandestins
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    Il parle du rôle des jeunes et des bals clandestins dans l'essor de la Résistance. Exempté du Service du travail obligatoire compte tenu de son âge et des Chantiers de jeunesse en qualité d'agriculteur, il n'a pas été un clandestin. Il évoque la figure du maréchal Pétain, et les agriculteurs dans la Résistance.
  • Les faux papiers à Saint-Marcel-du-Périgord
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    Il évoque l'action du maire et du secrétaire de mairie de Saint-Marcel-du-Périgord qui ont produit de nombreuses fausses cartes d'identité.
  • Ses missions d'agent de liaison
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    Fernand Demay parle de ses missions d'agent de liaison et évoque un message pour la prison de Mauzac avant de préciser comment il procédait. Il retient parfois de mémoire les messages et les ordres, mais les cache essentiellement dans le guidon de son vélo avec lequel il se déplaçait. Il parle des parachutages auxquels il a assisté, et en décrit l'organisation : la radio annonçait le message, puis Fernand Demay informait six à sept personnes. Le terrain, toujours le même, sur une hauteur de Sainte-Foy-de-Longas, au lieu-dit la Bénéchie était balisé par des lampes, les soirs de pleine lune. Après un premier passage l'avion larguait les containers. Il évoque la récupération des toiles de parachutes par les femmes pour en faire des vêtements. Il précise avoir assuré la garde d'une partie des sacs de billets de la Banque de France.
  • Le rôle des gendarmes et leur action dans l'accrochage de Pressignac-Vicq
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    Fernand Demay précise le rôle déterminant des gendarmes de la région, informés de ses activités ainsi que de celles de la Résistance. Il précise qu'après le 6 juin 1944, les brigades de gendarmerie de Lalinde et Sainte-Alvère ont rejoint la Résistance. Le gendarme Pierre Gardelle forme un maquis qui regroupait des hommes au lieu-dit la Brandière, commune de Pezuls. Il évoque les évènements de Pressignac-Vicq du 21 juin 1944 : il fait la garde du pont de Trémolat et reçoit l'ordre d'aller en renfort à Mouleydier. Un car est réquisitionné, mais à Pressignac-Vicq un blindé allemand les rencontre : cinq jeunes sont tués. Présents dans le secteur, quatre gendarmes de Lalinde, (du groupe Cerisier) assurent des tirs entravant l'engin dans sa manœuvre. Selon Fernand Demay, cette action a été déterminante et a permis de minimiser les pertes.
  • Le maquis de Durestal (Cendrieux) : contribution de la famille Gauville et des gendarmes
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    Il parle du soutien des gendarmes et de la famille Gauville de Lalinde dans l'essor et l'organisation du maquis de Durestal. Récit de l'arrestation en août 1943 de madame Gauville.
  • Pierre Larrue et la Résistance
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    Instituteur, Pierre Larrue a contribué à l'organisation de la Résistance dans la région de Cendrieux. Chasseur de sangliers, il a indiqué le site de Durestal pour l'installation d'un maquis, et a contacté Fernand Demay pour son ravitaillement. Fernand Demay décrit l'adaptation du site à l'installation d'un maquis. Il livre une anecdote au sujet des hommes se lavant à la source.
  • Arrestation de Biratel, évasion de Marcou
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    Il parle de l'arrestation de Pierre Biratel, confondu avec Pierre Larrue par la Gestapo, et de l'évasion de Marcou de la caserne Chanzy de Bergerac.
  • Marc Goldman, dit Mireille
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    Fernand Demay évoque l'action de Marc Goldman dans la Résistance, et précise que ce dernier était présent à la réunion de Sainte-Foy-de-Longas en 1942. Il se souvient de ses propos à cette occasion.
  • Le maquis de Sainte-Alvère
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    Fernand Demay parle de son arrivée dans le maquis de Sainte-Alvère. Puis il évoque la propriété familiale et ses filles.
  • Jean-Alfred Marchandou
    En savoir plus
    Il parle de Marchandou, sous-lieutenant dans l'armée française, fondateur du groupe de l'Armée secrète portant son nom. Fernand Demay évoque l'arrestation de Casinelli.
  • Léon Cerisier (dit Léontine)
    En savoir plus
    Fernand Demay évoque la personnalité de Cerisier, qui a assuré la succession de Marc Goldman après son arrestation. Il livre son point de vue sur les évènements de Pressignac-Vicq où le groupe Cerisier a eu des pertes.
  • La Résistance dans la région de Sainte-Alvère
    En savoir plus
    Fernand Demay apporte des précisions sur la Résistance dans la région de Sainte-Alvère et le maquis de Durestal. Fernand Demay rejoint le maquis formé par le gendarme Pierre Gardel après le 6 juin 1944. Après le 21 juin 1944 et les revers de la Résistance dans la région de Sainte-Alvère, il rejoint Marchandou.
  • La Libération puis le front de l'Atlantique
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    Avec le groupe Marchandou il participe à la libération de Bergerac, puis il est expédié à Bordeaux avant de rejoindre le front de l'Atlantique, à Talmont-sur-Gironde.
  • Démobilisation puis vie professionnelle
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    Il décrit son parcours après sa démobilisation, en février 1945. Il évoque son activité professionnelle dans l'agriculture, et ses productions (tabac et fraise). Puis il est arboriculteur avant de devenir assureur puis expert en assurance.