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FTPF dans la région de Thiviers (2) - Michèle Ranoux

Le témoignage

Michèle Ranoux - Témoignage intégral
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Michèle Ranoux, née Puyrigaud, est née en août 1926 à Pierrefiche, commune de Thiviers, d’un père ancien combattant de la Première guerre mondiale. Ses parents sont agriculteurs et possèdent une petite propriété. Elle est l’aînée des quatre enfants que compte la famille.
Son père, actif au sein du syndicalisme paysan suivait l’action politique de Renaud Jean et des animateurs de ce mouvement dans la région : Blanchou de La Coquille (voir le témoignage de Nancette Blanchou sur ce site) et son fils. Militant communiste, il ne cachait pas ses convictions, participait aux débats politiques et était un lecteur de la presse de gauche. Très marqué par la guerre, il était antifasciste et condamnait les clauses du traité de Versailles, convaincu qu’il portait les germes d’un prochain conflit. La montée du fascisme en Europe et la guerre d’Espagne ont profondément marqué sa famille, qui a hébergé un jeune combattant espagnol. Michèle Ranoux garde le souvenir de l’arrivée d’Hitler au pouvoir : bien que très jeune, elle se souvient des nombreuses discussions qui animent le village. L’arrivée du front Populaire a constitué une immense joie pour sa famille, mais aussi pour la population du Nontronnais qui a élu un député communiste, Gustave Saussot. Mais son père n’avait pas confiance en la social-démocratie : l’abandon des républicains espagnols par le gouvernement de Léon Blum fut une profonde déception.
Dans l’entre deux guerres les conditions de vie sont difficiles pour les petits paysans : la famille vit dans une grande pièce chauffée par une cheminée et l’eau est tirée du puits. Cet inconfort a probablement rendu malade l’une des sœurs de Michèle Ranoux, victime d’une bronchopneumonie qui l’a emportée.
La déclaration de guerre en 1939 n’a pas surpris la famille Puyrigaud, compte tenu du contexte international. Le père de Michèle Ranoux n’est pas mobilisé en raison de son âge et s’attend à un coup dur porté par l’Allemagne. La défaite et la désorganisation militaire, institutionnelle et morale est parfaitement ressentie par la famille Puyrigaud et l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain ne convainc pas. Les activités communistes de son père se poursuivent cependant : les rencontres entre responsables du Parti communiste à Thiviers se produisent toujours, sans matériel de propagande. Lorsque le Parti communiste est interdit, son père prend des précautions et s’exprime beaucoup moins en public. Dans l’année 1941, les responsables du PCF lui communiquent du matériel de propagande, des papillons, des tracts. La famille, qui possède une radio, écoute Radio Andorre et surtout Radio Londres et Radio Moscou.
L’entrée en Résistance de Michèle Ranoux s’est produite dans la continuité de l’action politique. En 1943 le PCF passe à l’organisation de groupes de jeunes en vue de la lutte armée, et c’est Jean Suret-Canale qui est chargé de cette mission en Dordogne. C’est à cette époque que deux jeunes de l’entourage de Michèle Ranoux, Alphonse Puybaraud et Maurice Ouzeau, réfractaires au service du travail obligatoire (STO), deviennent clandestins et forment le premier maquis Franc tireur et partisan (FTPF) en mars-avril 1943. Jean Suret-Canale sollicite Michèle Ranoux pour l’organisation des jeunes dans la région de Thiviers. Son travail consistait à constituer des groupes de trois, pour la sécurité. En effet, si un homme est arrêté il ne peut dénoncer que deux autres personnes. Ces cellules organisées en FTP légaux avaient pour mission de diffuser information et propagande, et saboter les installations au service de l’occupant. Dans ce milieu favorable, elles se constituent rapidement : à la fin de l’année 1943, quatre-vingt jeunes sont organisés. Par le recrutement de ces jeunes, ce sont ensuite les familles, plus réservées, qui seront acquises à la Résistance. Dans cette organisation, le rôle de Jeantin Mazière (dont le témoignage figure sur ce site) a été déterminant : ses connaissances du monde rural, ses amitiés avec la jeunesse locale par son club de football vont le conduire à orienter et aiguiller les jeunes dans les FTP-F. Michèle Ranoux, en contact fréquent avec les différents responsables locaux se déplace à bicyclette et rend compte régulièrement à Suret-Canale dont l’objectif est l’écoute de l’opinion afin d’orienter les actions.
Puis, début 1944 se forment dans la région de Thiviers les Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP) et à la veille du débarquement ce sont quatre cents jeunes qui sont en mesure d’être mobilisés par la Résistance locale. Les consignes du PCF sont alors une levée en masse : les « légaux » sont invités à rejoindre les groupes armés, sous le contrôle de Jeantin Mazière. Dans la région, mille deux cent volontaires rejoignent progressivement les groupes armés.
Michèle Ranoux relate le passage par deux fois de la Milice dans son village, sans que personne ne soit inquiété : c’est la démonstration de l’acquisition de la population rurale à la cause des maquis, mais aussi que la sécurité mise en œuvre par les FTP-F a été efficace.
À la Libération, Michèle Ranoux est appelée à la direction des Jeunesses communistes à Périgueux, où elle a rencontré son futur mari, Roger Ranoux.

Nota :
Renaud Jean : syndicaliste agricole, puis député communiste du Lot-et-Garonne en 1920, il fut une figure populaire de la défense des petits paysans dans l’entre-deux guerres.
Gustave Saussot : né en 1900 à Miallet (canton de Saint-Pardoux-la-Rivière), il est l’un des deux élus communistes de la Dordogne en 1936, avec Paul Loubradou à Bergerac.
Jean Suret-Canale : géographe et historien de l’Afrique, militant communiste, (1921-2007) il a activement participé à l’organisation de la Résistance des FTP. Il fut l’un des fondateurs du Centre d’études et de recherches marxistes (CERM) et membre du comité central du PCF.
Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP) : organisation née en octobre 1943 qui regroupe de jeunes patriotes, qu’ils soient chrétiens, laïcs ou communistes.
  • Témoin(s) :
    Ranoux Michèle En savoir plus

    Michèle Ranoux est née en 1926 dans la région de Thiviers dans une famille d'agriculteurs. Son père, militant au Parti communiste poursuit son activité politique après la déclaration de guerre. En 1943, le parti communiste organise des groupes de jeunes en vue de la lutte armée. Jean Suret-Canale, chargé de cette mission en Dordogne, sollicite Michèle Ranoux dans la région de Thiviers. En contact fréquent avec les responsables locaux de la Résistance des Francs-tireurs et partisans (FTPF) et des maquis, Michèle Ranoux se déplace beaucoup à bicyclette. À la Libération, elle est appelée à la direction des Jeunesses communistes à Périgueux.

  • Description :

    Entretien réalisé le 8 juin 2009 à Montrem. Durée : 1 h 10 min 40 s

  • Sujet(s) :
    Agent de liaison, Fascisme, Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), Francs-tireurs et partisans français (FTPF), Milice française, Mouvement des jeunes communistes de France, Parti communiste, Propagande, Radio, Ravitaillement, Sabotage, Service du travail obligatoire (STO), Vie quotidienne
  • Lieu(x) :
    Pierrefiche (commune de Thiviers), Thiviers
  • Evénement(s) :
    Front populaire (1936-1938), Pacte germano-soviétique (1939), Entre-deux-guerres
  • Personne(s) citée(s) :
    Blanchou Jean Dolet, Dupuy Jean, Marois Ginette (dite Ditka), Mazière Jeantin, Ouzeau Maurice (dit Olive), Puybaraud Alphonse (dit Marius), Puyrigaud Maurice, Renaud Jean, Saussot Gustave, Suret-Canale Jean
  • Cote :
    14 AV 43-44

Photos

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  • Présentation
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    Michèle Ranoux est née dans une famille d'agriculteurs de la région de Thiviers. Son père était un ancien combattant de la Première guerre mondiale. Ses parents possédaient une petite propriété à Pierrefiche. Elle est l'aînée des quatre enfants que compte la famille.
  • L'engagement politique de son père
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    Son père était un militant actif du syndicalisme paysan, et suivait l'action politique de Renaud Jean. La montée du fascisme en Europe et la guerre d'Espagne ont profondément marqué sa famille, qui a hébergé un jeune combattant espagnol. Militant communiste, son père ne cachait pas ses convictions, et participait activement aux débats politiques. Très marqué par la Première guerre mondiale, il était antifasciste.
  • La vie quotidienne dans les années 1930-1940 dans la région deThiviers
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    Michèle Ranoux apporte de précisions sur ses frères et sœurs. L'une d'elle est décédée très jeune de maladie. Michèle Ranoux décrit les conditions de vie difficiles pour les petits paysans : sa famille vit dans une grande pièce chauffée par une cheminée et l'eau est tirée du puits. Elle précise que sa famille n'a pas souffert du manque de denrées alimentaires.
  • Les évènements de la fin des années 1930
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    Michèle Ranoux garde le souvenir de l'arrivée d'Hitler au pouvoir : bien que très jeune, elle se souvient des nombreuses discussions tenues en famille à ce sujet. L'arrivée du Front populaire a constitué une immense joie pour sa famille, mais aussi pour la population du nontronnais qui a élu un député communiste, Gustave Saussot. Puis l'abandon des Républicains espagnols par le gouvernement de Léon Blum fut une profonde déception pour son père. Elle explique également que son père percevait le danger du nazisme et du réarmement de l'Allemagne, car il s'informait beaucoup (lecture de la presse, réunions politiques). Elle évoque également les accords de Munich de 1938, ainsi que le Pacte germano-soviétique.
  • Sa mère
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    Michèle Ranoux parle de sa mère, qui était en accord avec les opinions de son mari. Elle aussi se tenait informée par la lecture mais aussi l'écoute de la radio.
  • La déclaration de guerre et la défaite
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    La déclaration de guerre n'a pas surpris la famille Puyregaud et le père de Michèle Ranoux n'est pas mobilisé en raison de son âge. La défaite, la désorganisation militaire, institutionnelle et morale est vécue intensément par sa famille. L'arrivée au pouvoir du maréchal Pétain ne convainc pas son père, qui s'attend à un coup dur porté par l'Allemagne. Les activités communistes de son père se poursuivent cependant : les rencontres entre responsables du parti communiste à Thiviers se produisent toujours. Elle évoque l'inquiétude de la population quant au devenir des prisonniers de guerre. Michèle Ranoux précise que dans un milieu rural comme Thiviers, l'absence des hommes retenus prisonniers a eu des conséquences sur les travaux agricoles.
  • L'interdiction du Parti communiste et ses conséquences
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    Lorsque le parti communiste est interdit, son père n'est pas inquiété, mais il prend des précautions et s'exprime beaucoup moins en public. Dans l'année 1941, les responsables du PCF lui communiquent du matériel de propagande, des papillons, des tracts. Elle se souvient du 15 décembre 1941, lorsque Lucien Sampaix et Gabriel Péri ont été fusillés, ce qui fut un évènement marquant pour sa famille. Elle évoque Jean Dupuy responsable clandestin du parti communiste à Thiviers.
  • L'entrée en Résistance et les premiers maquis de Thiviers
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    Michèle Ranoux précise que cela s'est produit selon une évolution progressive. Elle décrit l'organisation des premiers mouvements clandestins : en 1943 le parti communiste passe à l'organisation de groupes de jeunes en vue de la lutte armée, sous la responsabilité de Jean Suret-Canale. Au printemps 1943, deux jeunes gens de l'entourage de Michèle Ranoux, Alphonse Puybaraud et Maurice Ouzeau, réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), deviennent clandestins et forment le premier maquis des Francs-tireurs et partisan (FTP-F). Jean Suret-Canale sollicite Michèle Ranoux pour l'organisation des jeunes dans la région de Thiviers. Son travail consistait à constituer des groupes de trois, par sécurité. Dans ce milieu social et politique favorable, ils se constituent rapidement : à la fin de l'année 1943, quatre-vingt jeunes sont organisés.
  • Le rôle de Jeantin Mazière
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    Dans cette organisation, le rôle de Jeantin Mazière a été déterminant : ses connaissances du monde rural, ses amitiés avec la jeunesse locale par son club de football vont le conduire à orienter les jeunes réfractaires vers les FTP.
  • Les missions des premiers groupes de FTP
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    Ces petits groupes organisés en résistants légaux avaient pour mission de diffuser information et propagande, et de saboter les installations au service de l'occupant.
  • Les missions de Michèle Ranoux auprès de Jean Suret-Canale
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    Michèle Ranoux, en contact fréquent avec les différents responsables locaux se déplace à bicyclette et rend compte régulièrement à Suret-Canale, dont l'objectif est la connaissance de l'opinion publique, afin d'orienter les actions. Elle évoque les tournants de la guerre, de l'entrée en guerre de l'Union soviétique à la victoire de Stalingrad.
  • Les jeunes dans la Résistance et le rôle des familles
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    Au début 1944 les Forces unies de la jeunesse patriotique se forment dans la région de Thiviers afin d'organiser les jeunes gens de tous horizons politiques. À la veille du débarquement quatre-cents jeunes sont en mesure d'être mobilisés par la Résistance locale. Michèle Ranoux parle des familles de ces jeunes qui ont assuré la sécurité de la Résistance. Elle relate le passage par deux fois de la Milice dans son village, sans que personne ne soit inquiété, cela grâce à l'acquisition de la population rurale à la cause des maquis et aux principes de sécurité mis en œuvre par les FTP.
  • Déplacements et diffusion des informations
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    Michèle Ranoux se déplaçait à bicyclette pour ses missions, et explique qu'elle n'a pas été inquiétée.
  • Consignes à l'approche du débarquement
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    Les légaux sont invités à rejoindre les groupes armés, sous le contrôle de Jeantin Mazière. Dans la région, mille deux-cent volontaires rejoignent progressivement les groupes armés.
  • Après le débarquement
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    Elle conserve ses missions, sur un territoire plus vaste, alors que les effectifs FTP prennent de l'ampleur. Le 6 juin 1944, Michèle Ranoux précise que dans sa région quatre-cents jeunes sont organisés, et mille deux-cents volontaires ont rejoint les groupes armés.
  • Engagement politique à la Libération
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    Dès la Libération elle est appelée à la direction des Jeunesses communistes à Périgueux. Elle décrit son travail, et rend hommage à Ginette Marois (Ditka), tombée sur le front de l'Atlantique. Elle précise avoir suivi la formation de l'école nationale des Jeunesses communistes à l'hiver 1944. Elle explique que ses activités, ses nombreux déplacements à bicyclette ainsi que les privations ont eu des conséquences sur sa santé. Enfin elle évoque la mémoire de Jeantin Mazière.