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De l'Alsace-Moselle à la brigade RAC - Raymond Christmann

Le témoignage

Raymond Christmann - Témoignage intégral
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Raymond Christmann est né le 8 août 1920 à Bischheim dans le Bas-Rhin, d’un père cheminot délégué syndical et d’une mère femme au foyer. En 1936 sa famille est très favorable à l’arrivée du Front populaire.
Avant le début de la guerre, Raymond Christmann est commis boulanger à Strasbourg et décrit une atmosphère angoissante et tendue en Alsace. Toutefois, un certain optimisme régnait, fondé sur le sentiment d’une guerre rapide et victorieuse.
Il précise qu’en 1939 le plan d’évacuation de l’Alsace-Moselle prévoyait une zone prioritaire et une zone d’attente. Sa famille résidait dans cette dernière zone, et n’a donc pas été évacuée. Le départ était libre, mais ses parents ont longtemps hésité et sont finalement restés sur place. En raison de l’évacuation de la ville de Strasbourg, Raymond Christmann perd son emploi. Son père, quant à lui, a été transféré à Noisy-le-Sec en qualité de personnel cheminot affecté au service « matériel et traction ».
Raymond Christmann prend la décision de quitter l’Alsace pour trouver un emploi dans un département limitrophe : pour cela il s’adresse au service de la main d’œuvre qui lui propose un emploi de commis boulanger dans une coopérative d’alimentation à Thaon-les-Vosges près d’Épinal (département des Vosges). La proximité lui permet de rendre visite fréquemment à sa mère. À la capitulation de la France en 1940, l’Alsace et la Moselle sont annexés à l’Allemagne et une nouvelle frontière apparaît : pour s’y rendre, il faut désormais un laissez-passer et un passeport. Mais ses convictions le conduisent à ne pas revoir sa famille, qui ne connaît pas sa décision. La proclamation de la Relève permet le retour d’un commis que remplaçait Raymond Christmann, qui finalement retrouve un emploi à Nancy chez monsieur Marchal. Ce dernier, originaire de Moselle a été chassé par la Première guerre mondiale, et s’est trouvé dans la même position que Raymond Christmann. Il sera son complice en acceptant de l’employer sans carte obligatoire de travail, document officiel que le jeune boulanger refuse d’établir afin de ne pas être identifié et repéré. Il souhaite entrer en relation avec ses parents et pour cela contacte les cheminots qui continuent à circuler entre Strasbourg et Nancy. L’un d’eux lui permet de communiquer avec son père : une courte lettre de ce dernier lui est transmise, l’informant de l’imminence de l’incorporation de force des Alsaciens dans l’Armée allemande. En septembre 1942, les autorités allemandes somment les jeunes Alsaciens-Mosellans en territoire Français de se présenter à la Kommandantur la plus proche afin d’être rapatriés. Devant le piège, Raymond Christmann décide de fuir avec un ami : ils décident de regagner la zone libre, en faisant étape chez un oncle employé de préfecture à Dijon qui ne peut les héberger par crainte. Ils deviennent de fait des réfractaires. Dirigés chez une cousine, ils organisent le passage de la ligne de démarcation. Au mépris des risques d’arrestation et au hasard des rencontres, ils parviennent à trouver un passeur et à regagner la zone libre. Raymond Christmann souligne la chance dont ils ont bénéficié, ainsi que leur inconscience. À Macon, ils sont recueillis dans un centre pour réfugiés isolés, puis sont dirigés à Lyon où on leur propose de rejoindre l’Afrique du nord, ce qu’ils acceptent. Le transfert étant annulé en dernière minute, ils se dirigent vers Brive (Corrèze) où son ami cheminot est employé au dépôt des chemins de fer. Seul, Raymond Christmann se dirige vers Périgueux, au centre d’hébergement Beaufort. Il travaille alors comme vendangeur, avant de rentrer dans les Chantiers de jeunesse par l’entremise d’un fonctionnaire de la mairie de Strasbourg repliée à Périgueux. Il rejoint le 22e groupement des Chantiers, à Castillon-en-Couserans (Ariège) où il est affecté à la boulangerie. Plus tard, les groupements proches de la frontière espagnole sont évacués vers une destination inconnue : le chantier de Raymond Christmann est installé à Thiviers. Il travaille chez un boulanger du village, mais il est rattrapé par le Service du travail obligatoire (STO).
Ayant connaissance de l’existence de maquis dans la région, il contacte Pierre Maury, l’homme qui assure les passages dans la Résistance. Il est rapidement dirigé vers Milhac-de-Nontron au lieu-dit la Bierge où il reçoit une instruction au maniement d’armes. Il est ensuite incorporé à la 9e compagnie du bataillon Violette, brigade RAC.
Il participe à des accrochages à Mareuil, puis à la libération d’Angoulême, Cognac, Saintes avant d’être dirigé sur le front de l’Atlantique où il combat à Royan.
Le 30 septembre 1944 face à la pénurie de main-d’œuvre, il est réquisitionné en qualité de boulanger à Thiviers, chez Feydit. Il retrouve sa future épouse, et ne signe pas d’engagement pour la durée de la guerre car il souhaite rejoindre sa famille. Il profite d’un convoi pour rejoindre l’est de la France et regagne finalement Bischheim en avril 1945 où il retrouve sa famille, et apprend ce que celle-ci a enduré. En effet, elle a subit les conséquences de sa disparition : son frère Gérard, enrôlé de force dans les jeunesses hitlériennes a connu une rééducation spéciale, car frère de déserteur ; son père a été révoqué des chemins de fer et a trouvé du travail dans une scierie et chez un agriculteur ; sa mère a été harcelée par les Nazis afin qu’elle livre son fils. La famille Christmann apprendra que c’est un voisin qui a espionné et renseigné les autorités allemandes.
À la libération de la France, Raymond Christmann revient en Dordogne où il se marie, et devient boulanger à Thiviers puis Périgueux.

Nota : dans la deuxième partie de l’enregistrement, sous l’effet de la fatigue, Raymond Christmann fait essentiellement la lecture des mémoires qu’il a rédigées.
  • Témoin(s) :
    Christmann Raymond En savoir plus

    Raymond Christmann est né en 1920 à Bischheim dans le Bas-Rhin, d'un père cheminot délégué syndical et d'une mère femme au foyer. En 1939, sa famille ne bénéficie pas des plans d'évacuation des populations, et demeure en Alsace. Il perd son emploi à Strasbourg et fait le choix de travailler dans un département limitrophe. En septembre 1942 il décide de passer en zone libre, et après plusieurs étapes est accueilli dans un centre d'hébergement de Périgueux. De là, il rejoint le 22e groupement des Chantiers de jeunesse où il est boulanger. Son chantier est déplacé à Thiviers, et rattrapé par le Service du travail obligatoire (STO), il rejoint les maquis du bataillon Violette (Armée secrète, Brigade Rac). Il participe aux combats du front de l'Atlantique avant d'être réquisitionné comme boulanger à Thiviers. Il rejoint Bisccheim en avril 1945 où il apprend les mesures dont a été victime sa famille. À la libération, il devient boulanger en Dordogne.

  • Description :

    Entretien réalisé le 15 mai 2009 à Périgueux. Durée : 1 h 36 min 47 s

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    Raymond Christmann décrit son parcours, alors qu'il est boulanger à Strasbourg au début de la guerre. Il perd son emploi suite à l'évacuation de la ville, puis en retrouve un dans la région de Nancy. En 1942, en qualité de jeune alsacien-mosellan, il doit se présenter aux autorités allemandes mais s'y refuse, et décide de rejoindre la zone libre. À Périgueux, il rejoint le 22e groupement des Chantiers de jeunesse à Castillon-en-Couserans (Ariège), qui se déplace à Thiviers par la suite. De là il rejoint la Résistance, et intègre le bataillon Violette de la brigade Rac. Il décrit ses missions : la libération d’Angoulême, puis Cognac, Saintes avant e front de l’Atlantique (Royan).

  • Sujet(s) :
    Acte d'opposition, Boulangers, Chantier de la jeunesse, Démarcation (ligne de), Évacuation, Maquis, National socialisme (Allemagne), Population rurale, Réfugié de guerre, Réquisition, Service du travail obligatoire (STO)
  • Lieu(x) :
    Atlantique, poches de l' (1944-1945), Bischheim (Bas-Rhin), Castillon-en-Couserans (Ariège), Cognac (Charente), Dijon (Côte-d'Or), Lyon (Rhône), Nancy (Meurthe-et-Moselle), Périgueux, Royan (Charente-Maritime), Strasbourg (Bas-Rhin), Thiviers
  • Personne(s) citée(s) :
    Maury Pierre
  • Cote :
    14 AV 32-33

Photos

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  • Présentation
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    Raymond Christmann est originaire de Bischheim dans le Bas-Rhin. Il présente la profession de ses parents ainsi que la sienne (boulanger) à la déclaration de la guerre et précise que son père, cheminot, était délégué syndical.
  • L'Alsace avant la guerre et son parcours jusqu'en 1941
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    Raymond Christmann apporte des précisions quant à l'atmosphère régnant en Alsace quelques temps avant la guerre, et présente son parcours jusqu'en 1941. Les frontaliers sont conscients et craignent un conflit, malgré un certain optimiste. Puis il évoque le plan d'évacuation d'Alsace-Moselle, comportant deux zones (prioritaire et d'attente). En zone d'attente, ses parents demeurent chez eux. Son emploi est supprimé suite à l'évacuation de Strasbourg. Son père est transféré à Noisy-le-Sec en qualité de cheminot. Il décrit sa détermination à trouver un emploi en dehors de l'Alsace : il travaille à Taon-les-Vosges (Vosges). À la capitulation, une nouvelle frontière apparaît : pour se rendre en Alsace, il faut désormais un laissez-passer et un passeport. Commis Boulanger il demeure dans les Vosges. En juillet 1941, le service de la Relève permet le retour d'un commis que remplaçait Raymond Christmann : il retrouve un emploi à Nancy chez monsieur Marchal. Il évoque l'importance de la carte obligatoire de travail, qu'il refuse pour demeurer anonyme.
  • Les contacts avec ses parents restés en Alsace
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    Il contacte des cheminots qui continuent à circuler entre Strasbourg et Nancy. L'un d'eux lui permet de communiquer avec son père, qui en réponse l'informe de l'imminence de l'incorporation de force des Alsaciens dans l'armée allemande. En septembre 1942, les autorités allemandes somment les jeunes Alsaciens-Mosellans de se présenter à la Kommandantur la plus proche afin d'être rapatriés : Raymond Christmann refuse et prend la fuite avec l'assentiment de son employeur.
  • Départ vers la zone libre
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    Avec un ami, ils prennent la décision de quitter Nancy en train, pour rejoindre la zone libre, via Dijon où il a de la famille. Il évoque le pillage des biens des familles expulsées d'Alsace. Arrivé chez son oncle, celui-ci lui apprend qu'il ne peut les héberger et se rendent chez une cousine. Ils organisent le passage de la ligne de démarcation, et au mépris des risques d'arrestation et au hasard des rencontres, ils parviennent à trouver un passeur et à regagner la zone libre. Raymond Christmann souligne leur chance mais aussi la solidarité de la population.
  • Déplacements en zone libre
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    À Macon, ils sont recueillis dans un centre pour réfugiés, puis sont dirigés à Lyon où on leur propose de rejoindre l'Afrique du nord. Le transfert annulé en dernière minute, ils se rendent à Brive (Corrèze) où son ami prend un emploi au dépôt des chemins de fer. Raymond Christmann va à Périgueux (Dordogne), où il est accueilli au centre d'hébergement Beaufort. Il y décrit un climat étrange et trouve un emploi de vendangeur.
  • Les Chantiers de jeunesse
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    Après les vendanges, il s'ennuie et par l'entremise d'un fonctionnaire de la mairie de Strasbourg repliée à Périgueux il rejoint le 22e groupement des Chantiers, à Castillon-en-Couserans (Ariège) où il est affecté à la boulangerie. Il souligne l'incompréhension de ses camarades de le voir arriver librement. L'idée de rejoindre l'Espagne lui traverse l'esprit, mais il est mis en garde quant à l'honnêteté de certains passeurs. Un ami lui conseille de rejoindre ses parents dans la région de Valence-d'Agen (Tarn-et-Garonne) pour passer en Espagne. Mais les groupements proches de la frontière espagnole sont évacués : le chantier de Raymond Christmann est installé à Thiviers (Dordogne) où il travaille chez un boulanger du village.
  • Entrée en résistance, le front de l'Atlantique
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    Les Chantiers de jeunesse sont dissous et il est également rattrapé par le Service du travail obligatoire. Ayant connaissance de l'existence de maquis dans la région, il contacte Pierre Maury, l'homme qui assure les passages dans la Résistance. Il est dirigé vers un maquis de Milhac-de-Nontron au lieu-dit la Bierge où il reçoit une instruction au maniement d'armes. Il est ensuite incorporé à la 9e compagnie du bataillon Violette, brigade Rac. Il participe à un combat à Mareuil, puis à la libération d'Angoulême, avant d'être dirigé sur le front de l'Atlantique. À Angoulême, il trouve un soldat allemand resté isolé, à qui il explique dans sa langue qu'il ne sera pas fusillé. Cognac, et Saintes avant d'être dirigé sur le front de l'Atlantique où il combat à Royan.
  • Recrutement dans la Résistance, la Libération et le front de l'Atlantique
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    Il apporte des précisions sur son recrutement dans la Résistance à Thiviers, puis sur son parcours lors de la Libération et sur le front de l'Atlantique. Il cite les noms des personnes engagées avec lui, précise son cheminement. Il précise ses missions dans la région de Cognac, parle du ravitaillement difficile et de la progression lente face à un ennemi déterminé. Sur le front, il souligne les conditions de vie difficiles (météorologie, ravitaillement). (Note : il fait lecture de ses mémoires écrites).
  • Autour de Royan
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    Il fait le récit des combats autour de Royan et décrit les conditions de vie quotidienne.
  • Réquisition pour la Dordogne
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    Le 30 septembre 1944, il est réquisitionné en qualité de boulanger à Thiviers, en raison de la pénurie de main-d'œuvre. Il retrouve sa future épouse, et à la mi-novembre il choisit de ne pas signer d'engagement pour la durée de la guerre.
  • Retour en Alsace
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    Il profite d'un convoi pour rejoindre l'est de la France et regagne finalement Bischheim en avril 1945 où il retrouve sa famille. Il apprend que sa famille a subit les conséquences de sa disparition : son frère a été enrôlé de force dans les jeunesses hitlériennes, son père a été révoqué des chemins de fer et a trouvé du travail dans une scierie et chez un agriculteur et sa mère a été harcelée par les nazis afin qu'elle livre son fils. Il revient en Dordogne où il se marie et devient boulanger.
  • Surveillance de sa famille par les nazis
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    Il apporte des précisions quant à la surveillance de sa famille par le régime nazi, demeurée en Alsace. Il indique que des proches ont été enrôlés dans l'armée allemande et que certains sont morts au combat dont son cousin Charles.
  • Commentaire de divers documents relatifs au sort de sa famille
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    Raymond Christmann commente divers documents en sa possession, dont la révocation de son père. Selon lui, la sanction de ce dernier aurait été atténuée par le fait qu'il était un ancien combattant de la Première guerre mondiale. Il parle également de la rééducation spéciale subie par son frère.
  • Accueil à Périgueux en 1943
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    Il parle de son accueil à Périgueux en 1943. Il décrit le climat singulier qui y régnait fait de crainte et de nostalgie. Puis il précise la date d'entrée dans les Chantiers de jeunesse (fin 1942).
  • Des documents au Mémorial de Caen
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    Il précise que certains de ses documents, dont son témoignage écrit concernant son parcours, ont été donnés au Mémorial de Caen.