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Présentation par Martial Faucon, ancien Résistant

Montrer ce que l'on ne voit pas !

Travail de recherche sur les lieux de mémoire : ici à Veyrignac. © Frédérique Bretin
Rencontre sur le terrain avec des Résistants. © Frédérique Bretin
Jacques Laporte dresse la liste des sabotages menés par le groupe AS Bernard. © Éliette Donnat
Explications sur les sabotages. © Éliette Donnat

Vouloir maintenir vivante dans les esprits l’épopée victorieuse de la résistance au nazisme, coûteuse de tant de sacrifices, ne peut que susciter une totale adhésion. Et être d’autant plus encouragée si, pour ce faire, des formules originales tendant, de façon inédite, à agir positivement sur nos facultés de perception et de compréhension, sont mises en œuvre.

C’est à cet objectif que s’attelle Frédérique Bretin, jeune photographe aux idées innovantes, avec l’appui des Archives départementales de la Dordogne. Usant de méthodes dont elle seule détient la formule elle entend, en effet, mettre en scène des documents visuels, saisis dans le cadre de la collecte de témoignages d’anciens Résistants, collecte organisée par ces mêmes Archives afin d’obtenir une « fixation » plus durable et plus approfondie sur les lieux témoins des épisodes les plus marquants de la lutte libératrice, ou ayant souffert des atrocités commises par les troupes hitlériennes.

Dans le but d’y parvenir elle entend réaliser un travail « provocateur » pour l’imagination, créateur d’interrogations insatisfaites jusqu’ici, à même de faire surgir des images plus ou moins effacées, voire oubliées ou ignorées, étroitement liées aux actions souvent héroïques accomplies au péril de leur vie par les Résistants, mais également relatives à l’ignoble répression menée par l’occupant. La tâche serait simplifiée si l’artiste se contentait de seulement montrer à nouveau l’impressionnant tableau des stèles, plaques gravées et autres figurations commémoratives présentes en si grand nombre sur notre sol, mais néanmoins menacées par l’inexorable érosion dont, à plus ou moins longue échéance, elles auront à souffrir dans leur aspect physique et, parallèlement, dans leur contenu émotionnel.

En extrapolant, on peut dire que la réalisatrice travaille à composer une sorte d’hymne visuel, un peu à la manière dont les chants issus de la Révolution française ou de la Résistance font toujours apparaître, au-delà du temps, la puissance imagée de ces grands événements. Les photographies qu’elle propose, neutres en apparence, se veulent donc dépositaires d’une essence essentielle ne demandant qu’à s’exhaler, pour peu qu’on les questionne avec attention.

Durant la guerre de Cent Ans, les raids sanglants du Prince Noir, lancés depuis son repaire de Blanquefort près de Bordeaux, ou encore lors de la féroce répression des « hérétiques » au treizième siècle, ont fait connaître au Périgord de terribles épreuves commises par des troupes sans foi ni loi. Tout cela n’a pas laissé de traces matérielles et les historiens ont beaucoup de mal à situer les lieux où elles ont été perpétrées.

Comment faire « vivre » le souvenir en faisant abstraction de ces stèles et monuments pourtant tellement évocateurs ? De concert avec l’anthropologue Nicolas Cournil, chargé de mission au Conseil départemental de la Dordogne, Frédérique Bretin se dirige donc pour cela dans une voie inattendue, hors des sentiers battus, espérant secourir les imaginations plus ou moins en panne de ceux qui seront amenés à regarder des lieux que rien ne distingue, mais évocateurs d’événements majeurs dont ils ont été le théâtre.

« Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades »

À cette exhortation, des hommes et des femmes ont répondu en ces endroits immortalisés par la pellicule. Et si leur détermination et leur abnégation ont fait que « du sang noir » ennemi a « séché au grand soleil sur nos routes » ils ont également, très souvent, répandu le rouge éclatant du leur. C’est devant les images de ces simples lieux que les citoyens d’aujourd’hui et de demain vont être appelés à méditer. Simples lieux, mais symboles de notre plus belle Histoire.

Martial Faucon
Journaliste Honoraire
Ancien combattant volontaire de la Résistance

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